Un chemin de fer dans la vallée du Jabron ?
Article mis en ligne le 1er juin 2017
dernière modification le 28 décembre 2019

par JOLY Jean-Pierre

Le souhait de voir une voie ferrée emprunter la vallée pour relier Sisteron et Carpentras a souvent été émis par nos élus avant 1914. Les arguments avancés en faveur de cette réalisation sont commerciaux, comme on pouvait s’y attendre, mais aussi militaires. Les tensions internationales qui devaient amener la Grande Guerre étaient déjà vives, un conflit avec l’Italie était envisageable. La voie ferrée reliant Valence à Veynes avait été partiellement justifiée de cette façon, car elle permettait d’envoyer rapidement des troupes à la frontière. Il était de bonne guerre, si l’on peut dire, que le même argument soit réutilisé en faveur du projet de ligne par la vallée du Jabron. Chaque fois que l’idée était reprise par un édile bas-alpin en mal d’arguments électoraux, les élus de notre vallée approuvaient chaleureusement. Les délibérations des conseils municipaux de toutes les communes concernées s’en font écho. Voici en juillet 1889 celle de Bevons, qui était particulièrement bien motivée.

Le Conseil Municipal […], considérant qu’une ligne de chemin de fer d’Orange à Sisteron par Buis les Baronnies, Montbrun, Séderon (Drôme), et la vallée du Jabron est d’une nécessité absolue, tant du point de vue commercial, agricole et industriel des départements de la Drôme et des Basses Alpes, qu’au point de vue de la défense nationale et des intérêts généraux du pays, par dix voix sur dix membres présents, émet le vœu :

1°) Que la construction de cette ligne soit très prochainement votée par la chambre des députés.

2°) Que le gouvernement obtienne de la Compagnie PLM [1] que les travaux soient commencés et exécutés dans les plus brefs délais possibles.

Il invite MM. Les Députés et Sénateurs de la Drôme et des Basses Alpes à faire tous leurs efforts pour faire aboutir cette œuvre de première utilité. Il se fait dans la vallée un grand commerce de fruits, de blé, de truffes. De plus il y a de magnifiques forêts de chênes et autres essences qui, exploitées, donnerait du transit. Au point de vue stratégique, outre les grands services qu’elle est appelée à rendre en cas de guerre, cette voie ferrée offre encore l’avantage de pouvoir être très facilement défendue.

Nous retrouvons encore des délibérations similaires en 1910.

Le PLM n’a probablement jamais mis ce projet à l’étude, telle est l’opinion de spécialistes consultés sur ce point. Mais c’était une belle promesse à faire lors de chaque campagne électorale, le sujet était populaire au point que certains habitants de la vallée peuvent encore vous en donner des détails : il était prévu un tunnel sous le col de la Pigière ; la gare de St Vincent était située à l’emplacement où est maintenant l’école, etc.

Une ligne à voie étroite, aboutissant à Buis-les-Buis, a cependant été inaugurée en 1910. Elle a été abandonnée en 1952

Jean-Pierre Joly

Ce texte est extrait de « La Vallée du Jabron » [Revue de la Société scientifique et littéraire des Alpes de Haute-Provence – 2016, n°376, 136e année – p.346/47]. Reproduit avec l’autorisation de son auteur qui nous demande, et nous le faisons bien volontiers, de signaler que l’ouvrage est en vente aux agences postales de St Vincent et de Noyers, également durant la fête patronale de St Vincent en août prochain.