Le Mesclun du Trepoun
Article mis en ligne le 1er juin 2017
dernière modification le 28 décembre 2019

par POGGIO André

Question de… Trepoun !

Le titre de notre bulletin continue de susciter l’intérêt des passionnés de la langue provençale. Après André Daspre (Trepoun n° 55-2013), voici une nouvelle contribution signée par M. Jean-François Jung :

« Je suis allé moi aussi consulter le Trésor du Felibrige, puis le dictionnaire de M. Avril  [1] C’est bien l’idée d’un instrument pour passer au travers qui se dégage… On emploie trepoun en cordonnerie, mais aussi comme instrument pour “ramoner” les cheminées depuis le bas, comme me le rappelle ma mère.

Cela concorde tout à fait avec le fait qu’à Séderon, on puisse nommer Trepoun le passage de « l’aiguille » du vent dans un orifice de roche.

J’ai donc très vite fait le parallèle avec le français Trépan… dont le Robert de la langue française, d’Alain Rey, dit bien : emprunté au Grec Trupanon, « instrument pour percer »… « tige enfoncée dans un cylindre creux »…

Il est donc bien possible que le français Trépan et le provençal Trepoun ne fassent qu’un ».

Le hasard fait que je viens de rencontrer trepoun dans deux œuvres de Mistral.

Sauf que le mot n’est plus utilisé comme un substantif. Dans “Calendau” (strophe 35 du chant V), il écrit :

’… l’autre fico

Dins l’esquino di toun lou foume, dard alu

Que vole au bout d’uno courdeto :

Trepoun dins sa grasso bardeto,

Lou pèis cabusso… »

En regard du texte provençal, Mistral donnait sa traduction française :

’… l’autre lance – dans le dos des thons le foume [2], dard ailé – qui vole au bout d’une cordelle : – percé dans sa barde de graisse – le poisson plonge… »

Ici, trepoun signifie simplement percé.

Mais dans le vocabulaire de la sellerie-bourrellerie, qui rejoint celui de la cordonnerie, le sens s’augmente d’une idée de couture. Ainsi Mistral écrit-il au chapitre XIV de « Memòri e Raconte » (p 540 – édition Marcel Petit CPM – 1981) :

’ li ventriero, li couiero, lis arnesc, tout aco ’ro trepoun, alisca de man de mèstre… »

et traduit : ’ les ventrières, les croupières, les harnais, tout était contrepointé, ajusté de main de maître…’.

C’est ce que reprend le Trésor du Félibrige, qui recense trepoun comme adjectif et
participe passé du verbe trepougne, « contre-pointer, piquer à l’aiguille, ou à l’alène ».

Alfred Bonnefoy-Debaïs, félibre de Séderon

Le premier volume que nous avons publié en 2013 est épuisé. Comme nous avons souvent des demandes venant de lecteurs du second volume qui souhaiteraient acquérir le premier, nous cherchons à en récupérer quelques exemplaires. Nous les rachèterions au prix de 12 € (ce qui était le prix de vente neuf), s’ils sont en bon état. Faites nous savoir si vous êtes intéressés.

L’actualité des livres

Il est rare de voir éditer autant de livres, tous de publication très récente, ayant un rapport fort soit avec l’objet de notre association, soit avec l’un de ses membres.

En plus de « la Vallée du Jabron », le livre de Jean-Pierre Joly qui est notre auteur invité pour ce numéro du Trepoun (voir « le chemin de fer » et « le curé de Montfroc »), il en reste trois à vous présenter : celui de l’ami J.-C Rixte… et les miens !

Théâtre d’Oc en Drôme

Adhérent de l’Essaillon depuis de nombreuses années, Jean-Claude Rixte consacre ses activités de recherche à la langue et à la culture d’oc. Il a offert plusieurs contributions au Trepoun ; et les deux volumes que nous avons publiés sur l’œuvre d’Alfred Bonnefoy-Debaïs, félibre de Séderon lui doivent beaucoup.

« Théâtre d’Oc en Drôme » est le titre de son dernier ouvrage. Cette publication, qui embrasse cinq siècles d’écrit en occitan, présente cinq pièces en un acte : l’une qui gagnait à être rééditée, La Comédie de seigne Peyre et seigne Joan (1576), et quatre inédites, Nèça e Nebot (1883) de Gatien Almoric, La Nionsesa (1936) et Lo Darrier Daufin (sans date) de Jean Coste, et Leis Ametlas (1998) de Roger Pasturel.

Jean-Claude Rixte a transcrit, présenté et traduit ces textes, qui sont autant de témoins de la richesse de la langue d’oc à travers ses variantes parlées en Drôme.

Édition bilingue (occitan / français). 269 p., illustrée ; 17 cm. Prix : 12 €

À commander sur le site : www.livresemcc-jdidees.com

André Seurre

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois d’André Seurre, le peintre qui réalisa les fresques de l’église de Séderon en 1943.

Seurre était natif de Besançon, et y installa son atelier à partir de 1946.

Sa ville natale vient de lui consacrer une brochure de belle qualité, copieusement illustrée.

L’ouvrage fait le tour des principales créations d’André Seurre, disséminées dans tout l’Est de la France, de la Drôme aux Ardennes en passant par la Loire, le Jura, le Doubs, etc.

J’ai eu le plaisir de participer à sa rédaction, et dispose d’un certain nombre d’exemplaires de la brochure. Ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur cet artiste, peintre-verrier et fresquiste, peuvent me faire signe.

Le Père CLER, Histoire d’un abbé félibre des Basses-Alpes

Dans le Cantoun Prouvençau de ce numéro, vous avez pu lire des extraits de la Festo à Mounfro. Son auteur, Eugène Cler, était un prêtre-félibre natif de Lange, dans la vallée du Jabron.

Avec Annie Faravel, elle aussi originaire de Châteauneuf-Miravail, nous racontons la vie passionnée de ce prêtre-félibre dans un livre dont Les Publications de l’Essaillon sont l’éditeur.

Ordonné prêtre en 1892, Eugène Cler fut d’abord curé de campagne à Fours, une paroisse de l’Ubaye.

Très vite acquis aux idées de Xavier de Fourvières, un célèbre chanoine prémontré qui utilisait la langue provençale dans ses prédications, Cler devint à son tour un apôtre de la Provence.

Toute sa longue vie, il milita pour la conservation de sa langue maternelle, le provençal, qu’il jugeait l’instrument nécessaire à la sauvegarde de la civilisation paysanne et de la religion catholique de son pays.

Il endossa l’habit de missionnaire dès le début des années 1900. Hormis la période de la Guerre de 1914 pendant laquelle il fut mobilisé comme garde des voies de communication dans la zone du front, il ne quittera cet habit qu’à l’âge canonique de 77 ans.

Il prêchera dans toute la Provence, de Sisteron à Marseille, de Notre Dame de Lure aux Saintes Maries de la Mer, de Forcalquier à Avignon. Il fit même à l’occasion un sermon en provençal à l’abbaye de Leffe, en Belgique…

Il a publié quelques petits livres : « Mounsen Louis Lati, curat de Nouiès » ; « Osco Manosco » ; « Fourcauquié, sei pu bèu jour de glòri ». Mais l’essentiel de son œuvre écrite est constitué d’articles, de chroniques et de poèmes disséminés dans les nombreuses revues et journaux provençaux qui fleurissaient alors.

Félibre lui-même, il a tenu correspondance avec les félibres les plus célèbres de son temps, à commencer par Frédéric Mistral.

Il fut élu majoral du Félibrige en 1942, cigale du Dauphiné.

En 1946, lorsque la vieillesse et l’usure physique l’obligeront à ranger son bâton de missionnaire, il deviendra l’aumônier de l’Hôpital de Sisteron.

C’est à Sisteron qu’il s’éteindra, en 1955, laissant dans toutes les Basses-Alpes le souvenir du « Boun Paire Cler ».

C’est à Sisteron qu’il est enterré, dans le caveau du clergé, face à la tombe de Paul Arène.

André Pogggio