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Joseph-Fortuné Layraud, un artiste des Baronnies
Article mis en ligne le 1er juillet 2019
dernière modification le 21 juin 2019

par MARCEL-PONTHIER Marylène

L’allée Joseph-Fortuné Layraud, à Montélimar commémore un peintre dont le vrai patronyme, à l’état civil, est «  Leyraud  » mais qui toute sa vie durant a signé «  Layraud  ».

C’est grâce au Journal de Montélimar du 21 décembre 1867 que l’on connaît l’histoire de Fortuné-Joseph-Séraphin-Jean-Avit. Une histoire qui commence comme un conte de fées : «  Dans un petit village de la Drôme, vivait en 1843 un jeune berger âgé de neuf ans qui gardait ses moutons…  ».

La commune en question, c’est la Roche-sur-le-Buis, au sud de la Drôme. L’enfant voit le jour le 12 octobre 1833, il est fils de Jean-Pierre et de Marie-Anne Amic.

Les recherches généalogiques permettent de retrouver cette famille dès le XVIIᵉ siècle à Bellecombe, dans le canton de Buis-les-Baronnies. Le patronyme varie de L’Érau, Lairau, Lhérau, Leyraud à Layraud mais on peut remonter sans risque d’erreurs jusqu’à Alexandre, né vers 1638, et son épouse Marguerite Vidai. Suivent ensuite plusieurs générations de cultivateurs avant d’arriver à Jean-Pierre, né le 25 septembre 1781, cultivateur également mais aussi cabaretier et maître de pressoir, le père de Joseph-Fortuné.

La tradition veut que, le jour de sa naissance, la cheminée de la maison paternelle ait pris feu, ce qui, dans la communauté chrétienne, n’est pas un très bon présage  !

Joseph-Fortuné n’est pas vraiment un enfant désiré puisque le couple, peu aisé, compte déjà cinq enfants en 1833 : Jean-Pierre-Paul né en 1816, Jean-Joseph-Jules né en 1818, Marie-Marguerite née en 1821, Jean-François né en 1823 et Pierre-Jean né en 1826.

Joseph-Fortuné n’est pourtant pas le petit dernier : Fortuné naîtra en 1836  ! Ce prénom de «  Fortuné  » était censé conjurer le mauvais sort mais rien pourtant n’empêchera le drame de s’abattre sur la famille  !

Le frère aîné meurt un mois après la naissance de Joseph-Fortuné, le 23 novembre 1833, à l’âge de 17 ans. Le second, Jean-Joseph, disparaît à 29 ans le 17 août 1847, suivi du père l’année suivante, le 26 aout 1848, et enfin de la mère, deux ans plus tard, le 6 novembre 1850.

Joseph-Fortuné n’a que 17 ans, il n’a plus de parents et sa sœur a quitté la maison en 1842 après son mariage avec Jean-Casimir Bernard.

C’est donc le seul frère aîné qu’il lui reste, Jean-François, âgé de dix ans de plus que lui, qui hérite des biens et qui s’occupe de l’adolescent. Joseph-Fortuné, peu surveillé, oublie alors de fréquenter l’école et gambade avec son troupeau. En 1849, alors qu’il n’a que 16 ans, un marchand ambulant italien lui fait découvrir ses statuettes de plâtre, aux couleurs vives. Pour s’occuper tout en surveillant ses moutons, Joseph-Fortuné commence alors à façonner de petits personnages dans la terre glaise qu’il peint à son retour à la maison.

Le curé du village ne tarde pas à s’apercevoir des talents du gamin et le prend sous son aile : il lui enseigne des rudiments de lecture et de dessin et l’encourage à poursuivre dans une école spécialisée. Son frère aîné s’inquiète : les études sont bien trop coûteuses  ! D’autant plus que lui aussi se marie, avec Marie-Rose Veux, le 4 février 1851.

Joseph-Fortuné va alors tout faire pour gagner «  quatre sous  » en traquant renards, fouines et autres animaux à fourrure qu’il revend sur le marché  ! Il réussit ainsi à amasser péniblement un capital de 200 francs et, en avril 1853, avec une petite subvention accordée par la municipalité de la Roche-sur-le-Buis, il s’en va retrouver à Marseille un oncle douanier. Ce dernier commence par le mettre à la porte  ! Puis, devant la pugnacité du jeune homme, il accepte de le présenter au directeur de l’École des beaux-arts, Henri Loubon. Qui n’est guère plus enthousiaste en découvrant le berger et lui conseille de «  retourner à ses moutons  »  ! Mais lui aussi se laisse fléchir devant l’obstination du jeune homme et il l’admet dans son atelier. Joseph-Fortuné ne mange pas tous les jours à sa faim, mais il peut peindre et étudier Alors que le choléra s’abat sur la ville, il réalise une copie d’une Allégorie sur la vie et la mort qu’il envoie au Conseil général de la Drôme. Celui-ci lui accorde alors une subvention de 500 francs et dépose la toile au musée de Valence.

Au bout de six mois passés à Marseille, nouvelle déveine en octobre 1953 : il a 20 ans et la conscription lui impose de devenir soldat  ! Pas assez riche pour se faire remplacer, il décide de se mutiler, non pas la main mais le pied  ! Il attend sur la route une voiture bien lourde.

Quand elle arrive, il porte le pied en avant mais il n’est atteint que par le timon qui l’assomme  ! On le transporte à l’hôpital avec une horrible fièvre qui l’immobilise durant quelques semaines. Lorsqu’il en sort guéri, il apprend que, ouf, il est réformé…

Mais il est rappelé l’année suivante en raison de la guerre de Crimée. Il rejoint Grenoble et malgré une lettre du préfet de la Drôme, il est envoyé à Marseille pour embarquer à destination de Sébastopol. M. Loubon tente bien de s’opposer à ce départ et son frère vend même une terre pour lui payer un remplaçant, mais en vain  !

Layraud doit partir pour Sébastopol mais il tombe malade et doit passer trois mois de convalescence à la Roche-sur-le Buis. Quand il est rétabli, il n’est plus question de départ  ! Il présente alors, et réussit, le concours d’entrée de l’École des beaux-arts de Paris. Il devient ainsi l’élève de Léon Coigniet et de Tony Robert-Fleury. Parallèlement, le Conseil général «  considérant que ce jeune homme a donné des preuves d’une vocation bien prononcée pour la peinture   », lui attribue une bourse de 800 francs. En remerciement, Joseph-Fortuné offre à l’assemblée départementale une reproduction du tableau de Géricault Le radeau de la Méduse – déposée elle aussi au musée de Valence.

Le jeune homme s’installe à Paris dans la mansarde d’un petit hôtel. Il présente ses premières œuvres au Salon des beaux-arts de 1859 et de 1860. En 1861, il obtient une mention «  honorable  » pour une œuvre rappelant son enfance : Le berger qui lui rapporte d’ailleurs 1000 francs.

Comme tous les artistes de cette époque, il participe aussi au Grand Prix de Rome qui ouvre aux gagnants les portes de la Villa Médicis. En 1861, il entre en loge avec Sophocle devant ses juges et obtient le second grand prix. Un bonheur ne venant jamais seul, le Conseil général double sa subvention.

En 1862, il est malade et ne peut terminer Coriolan et sa mère devant Rome. Mais en 1863, l’année limite (30 ans), il reçoit la consécration : le premier grand prix, avec Joseph se fait reconnaître par ses frères.

Il s’en revient alors passer quelques jours dans son village natal. Le 4 décembre 1863, il est le témoin de son frère Fortuné qui se marie avec Marie-Rose Bordel. Puis il rejoint l’Italie en 1864. Les études durent normalement cinq ans mais Joseph Fortuné prolonge son séjour d’un an, le mettant à profit pour réaliser de nombreuses peintures, commandées par Napoléon III, ou des sujets religieux tel un tableau de Saint Sébastien ou une Pietà qu’il offrira à sa commune de naissance. On lui doit aussi, en 1866, un magnifique nu : Odalisque couchée détenu par la galerie Ary Jan.

Il peint ensuite Sortie de taureaux par la Porte du Peuple, Supplice de Marsyas, Femme à l’œillet, Coquetterie. La tradition veut que le Pape Pie IX l’ait lui-même encouragé alors qu’il travaillait dans la Chapelle Sixtine sur une série de dessins au fusain d’après La bataille de Constantin de Raphaël.

Puis il quitte Rome en 1870 mais ne rentre pas de suite en France : il s’installe en Angleterre. On en connaît la raison grâce au Journal de Montélimar du 30 juillet 1871 qui reprend une information parue dans le Times : Layraud vient d’obtenir un éclatant succès à l’Exposition de peinture de Londres avec une toile que le gouvernement anglais lui avait commandée. Intitulée Brigands et Captifs, elle représente des voyageurs arrêtés par des voleurs dans les montagnes des Sabines.

L’année suivante, en 1872, on retrouve Layraud au Salon parisien où il présente ledit tableau et le jury lui décerne une médaille. À cette occasion, Maurice Champavier, écrivain drômois, raconte que Layraud, alors qu’il peignait en possession d’un fusil pour se protéger, a été arrêté par les gendarmes italiens qui l’ont pris pour un bandit  !

Lors du Salon 1873, Layraud expose le portrait d’une artiste dramatique, Mlle Roussel.

L’année suivante, en 1874, le peintre s’installe à Lisbonne et reçoit une commande importante, celle d’un tableau représentant la famille royale du Portugal : le roi, la reine et leurs enfants.

Puis l’artiste exécute à Madrid, à la demande du Directeur des beaux-arts, une copie du Martyre de Saint Barthélémy de l’espagnol José de Ribera (1591-1652).

En 1878, Layraud, qui a déménagé à Auteuil, participe au Salon parisien aux côtés de Loudet, Deschamps et Clément avec le portrait des Princes, celui de E. M. Chauffard, membre de l’académie de médecine, et enfin Pour si peu qui représente l’assassinat d’un pauvre bougre.

Mais la critique est sévère à son égard  ! Zénon Fière, dans un Bulletin de la Société d’Archéologie de 1880, écrit : «  M. Layraud, dont le tempérament artistique était hier si robuste, n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même  ».

En 1879, sans doute Layraud revient-il quelque temps au “pays” puisqu’il réalise un portrait du maire de la Roche-sur-le-Buis, Eugène-Fortuné-Jullien.

En 1882, il expose un beau portrait de Mme A. L. et une vaste composition Inès de Castro. De l’avis de tous, l’œuvre est superbe – elle se trouve au musée de Valence.

En 1883, Layraud expose son tableau de Saint Sébastien transpercé de flèches (dont il a fait une copie quelques années auparavant) et le Portrait de M. Grangeneuve, auteur des Triolets à Nini et d’Amrat. La critique est à nouveau élogieuse.

En 1886, Layraud participe au Salon avec deux portraits, celui de Mme Danglard et celui du chroniqueur parisien Alexandre Hepp. Tous deux sont alors considérés comme les meilleurs du Salon et placent l’artiste au premier rang des portraitistes. En 1887, il expose encore un portrait, intitulé M. de M. où tout un chacun reconnaît le député Madier de Montjau  !

En 1888, ce sont encore deux portraits de dames de grandeur nature dont l’un d’eux est une symphonie de rouge… En 1889, Layraud présente celui de Mme N. et reçoit une médaille de bronze à l’Exposition Universelle pour Forges et aciéries de Saint-Chamond.

Le 31 décembre 1889, le sénateur Loubet lui remet la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Cette année-là, une regrettable scission se produit dans la Société des artistes parisiens : certains, tel Deschamps, exposent au Champ-de-Mars, tandis que d’autres, comme Layraud, participent au Salon des Champs-Élysées. Layraud dévoile un seul portrait, celui du Sénateur Loubet.

En 1891, l’artiste expose La sculpture, une composition commandée par la ville de Paris pour la décoration d’une salle de l’Hôtel de Ville – il s’agit d’une femme à demi nue, modelant une statue antique.

Et un portrait, celui de La Comtesse de C., représentée de face, les deux mains appuyées sur une table Louis XVI.

En 1892, Layraud devient directeur et professeur à l’Académie des beaux-arts de la ville de Valenciennes. C’est là qu’il vivra désormais. Parmi ses élèves, se trouve Lucien-Hector Jonas, peintre d’histoire et de genre, heureux lauréat du Grand Prix de Rome en 1905. Layraud laissera au musée de sa ville d’adoption un très beau tableau en pied de Liszt.

En 1894, il participe au Salon avec le Portrait de M. Auguste D., un jeune homme à la fine moustache, et Pêcheuses en sabot. En mai 1895, il n’expose que deux portraits, celui d’un homme et celui d’une femme, qui ne font pas vraiment parler d’eux… En 1896, il peint un grand tableau qui représente deux Paysans pompéiens puisant de l’eau dans un puits, au pied du Vésuve. En 1897, il présente au Salon un petit portrait, celui de Mlle T. N. qui restera, comme beaucoup d’autres, anonyme, et une Esquisse de la chambre de Gambetta faite à Ville-d’Avray le lendemain de la levée du corps le 4 janvier 1883. Cette toile émeut fortement les visiteurs par les souvenirs qu’elle évoque. «  Un véritable document historique…  » titreront les journaux. En août il réalise le portrait de Mme Loubet et celui de Mme J., une jeune dame élégante.

En 1899, ce sont un Portrait de M. Hygonet, le directeur des Grands Moulins, et un Jeune homme au grand chapeau resté inconnu.

Cette année-là, Loubet accède à la présidence de la République. Le 9 septembre 1899, le nouveau maire de Montélimar, Paul Gauthier, fait voter des remerciements à M. Layraud qui vient de faire don au musée de la ville d’une réduction de son tableau Diogène – l’original ayant été acheté par l’État et déposé au musée de Narbonne. Layraud devient alors le peintre officiel de Loubet.

En 1900, le peintre présente au Salon un Portrait de Mme B. et participe à l’Exposition Universelle dont l’hôte prestigieux est Loubet. Il y obtient une médaille avec son tableau en pied du président.

En 1903, Layraud est promu au grade d’officier de la Légion d’honneur. Cette année-là, il expose Le portrait de la mère de M. Loubet. Félix Grégoire en fait la description : «  Mme Loubet mère est représentée dans la toilette fort simple et en quelque sorte classique d’une personne âgée qui habite la campagne : bonnet à brides et caraco noirs. Le visage plein, solide, fleuri, rayonnant de la belle santé des rides, exprime une âme stable et forte. Mais ce sont les yeux qu’il faut retenir, des yeux d’un bleu innocent, d’un bleu couleur ceinture de la vierge et où, c’est là l’énigme, on sent la malice assoupie. Personne ne pourra les voir sans songer d’instinct au chef de l’État : il a ce regard et ces yeux  ».

En 1904, Layraud présente au Salon un portrait de Gambetta (1838-1882), l’artiste ayant choisi de le représenter ce fameux 15 août 1877 où fut prononcé à Lille le fatidique « Il faut se soumettre ou se démettre ». Et Fillettes en toques noires qui est comparé par un chroniqueur à «  un ragoût  »  !

En janvier 1905, Loubet, encore président de la République, perd sa mère. Et c’est le portrait réalisé par Layraud qui fait la une des journaux, comme dans Le Monde. En 1908, l’artiste réalise les portraits de sa compagne Pauline Saunier, du docteur Claude Bernard, l’historien du Buis, ainsi que de personnages divers rencontrés à Valenciennes… En 1911, âgé de 78 ans, il revient à la Roche-sur-le-Buis et peint les membres de sa famille, dont ses petites-nièces âgées de 7 et 5 ans qui deviendront Mmes Barnouin et André.

Le dernier tableau répertorié de Joseph-Fortuné s’intitule La réception d’un Prix de Rome en la cité, il est exposé quelques mois avant sa mort. Car la fin est proche : Layraud décède à Valenciennes le 13 octobre 1913 sans avoir eu d’enfants. La veille, il avait eu 80 ans.

Son village natal tente tant bien que mal de faire revivre cet artiste attachant dans un petit musée agricole.

Marylène MARCEL-PONTHIER
extrait du tome 4 des
« Chroniques Montiliennes » publié en 2014
J. F. Layraud (photo Wikimedia Commons)

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J. F. Layraud : quelques œuvres

Emile Loubet [1900]
photo M. Marcel-Ponthier
Le roi du Portugal [1877]

Le portrait d’Emile Loubet, élu Président de la République en 1899, date de 1900 – entre 1900 et 1910, Layraud a peint plusieurs tableaux en hommage aux hommes politiques de la Drôme (consulter le portrait du député Lucien Bertrand, que nous avons reproduit dans le Trepoun n°57).

Odalisque couchée [1866]

Les odalisques étaient à la mode depuis la grande odalisque d’Ingres (de 1819). Ingres avait « transposé dans un Orient de rêve le thème du nu mythologique, dont la longue tradition remonte à la Renaissance… (et) peint un nu aux lignes allongées et sinueuses sans tenir compte de la vérité anatomique, mais les détails comme la texture des tissus sont rendus avec une grande précision … Cette femme allongée sur un divan est offerte par sa nudité et son visage tourné vers nous. Le titre de l’œuvre, signifiant « femme de harem », ainsi que les accessoires orientaux qui l’entourent suggèrent l’Orient sensuel. Mais cette femme est aussi discrète parce qu’elle ne montre que son dos et une partie d’un sein ».

Ce commentaire à propos du tableau d’Ingres, trouvé sur le site du Louvre, semble parfaitement convenir à l’Odalisque couchée de Layraud. Mais un an auparavant, en 1865, Monet avait présenté son Olympia. Tableau d’une femme nue qui avait fait scandale, car il ne satisfaisait pas au critère de la transposition spatiale, critère qui seul permettait à l’époque d’accepter, au nom de l’art, la vision du nu... L’œuvre de Layraud est bien plus classique.

Fin de procès [1905]

Si l’un des plaignants a réussi à sauver sa chemise, l’autre est complétement dépouillé – les magistrats, courbés sous leur mortier, ne sont plus que des ombres en train de s’évanouir – les enfants reçoivent la leçon : explication pour le garçon à gauche, pleurs pour la fille à droite. Layraud, critique de l’institution judiciaire ?

Le marteau-pilon, forges et aciéries de Saint-Chamond, sortie d’une pièce de marine [1899]

« Il fallut un événement exceptionnel, l’organisation à Paris d’une Exposition universelle célébrant le centenaire de la Révolution française, pour que le républicain Joseph-Fortuné Layraud (1833-1913), ami de Léon Gambetta et d’Émile Loubet, présente au public une composition à sujet industriel.

S’il est un tableau qui avait sa place toute marquée à l’Exposition, c’est assurément celui-ci, qui représente l’intérieur de l’usine de Saint-Chamond, au moment où l’on présente, sous un gigantesque marteau-pilon, un bloc d’acier incandescent qui doit devenir un canon. Cette fois-ci, M. Joseph Layraud, qui est un artiste de grand talent, ne s’est pas contenté de faire de la peinture, il a fait aussi ce qu’on appelle de la vulgarisation ; son tableau, saisissant d’aspect, ne présente pas la moindre fantaisie, la mise en scène est scrupuleusement exacte, de sorte qu’il faudrait presque un ingénieur pour le décrire.

L’artiste, apprécié d’ordinaire pour ses portraits, sa peinture d’histoire ou sa peinture religieuse, s’acquitta de sa tâche avec passion, multipliant les études préparatoires. La solution fut le choix du clair-obscur, servi par une composition légèrement décentrée pour évoquer le spectacle de la forge. Deux marteaux pilons se succèdent en enfilade, suggérant la profondeur du bâtiment. L’artiste a pris position dans la halle afin que le premier marteau-pilon, la grue et l’ensemble des supports métalliques écrasent le spectateur de leur puissance. Puissance de l’établissement et peut-être, au-delà, prestige de l’industrie militaire française, fière de pouvoir résister, après le traumatisme de 1870, aux foudres formidables de M. Krupp, le Jupiter moderne, qui s’est lui-même décerné le brevet de Roi du fer. »

[Nicolas Pierrot, « Peindre dans l’usine  »,
in Alliage n°50-51 - Décembre 2000]

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4° de couverture

Le tableau n’est pas signé. S’il est attribué à Layraud, c’est qu’il porte son nom en très grosses lettres barrant tout le verso de la toile.
On se rend compte aussi que la précision du dessin, et du trait de pinceau, fait défaut.
S’agit-il d’une ébauche, abandonnée avant achèvement ?

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Œuvres religieuses de Layraud visibles dans les églises de notre région :

St Pierre aux Liens - [eglise d’Aulan]
Photo S. Andriant

Le tableau reprend, point par point mais sans chercher à en être la copie exacte, une fresque peinte par Raphaël dans le palais du Vatican à Rome.

Pieta et Saint Sébastien [église de Buis les Baronnies]
photos Marylène Marcel-Ponthier
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