Éléments biographiques de Bernard MARCEL, dit le Lilet
Article mis en ligne le 1er juin 2017
dernière modification le 28 décembre 2019

par sandy-pascal

Ce dimanche 2 décembre 1923, Bernard Marcel note pour la dernière fois ses affaires du jour. Les pages suivantes resteront blanches.

Cigarettes biscuits… son mariage avec Gabrielle Gabriel approche

Il fut célébré à …, le …,

Les témoins furent …

Lui avait 44 ans, elle en avait 31.

Elle mourra cinq ans plus tard, le 25 juillet 1928, « de mort accidentelle et violente »

Violente puisque Gabrielle, tombée dans le silo à betteraves de sa maison, va y mourir asphyxiée.

Sa tombe est toujours visible dans le cimetière de Séderon.

Celle de Bernard Marcel est inconnue. Nous perdons sa trace pendant les années de la guerre de 40. Il a alors plus de 60 ans, et quitte le moulin de St-Pierre.

Pour quelles raisons et pour aller où ?

On peut imaginer que son âge, et ses vieilles blessures de la guerre de 14, l’ont contraint à rechercher pour ses vieux jours un asile, peut-être un hôpital hospice. Se rapproche-t-il de sa famille ? Il avait des cousins à Orange, une cousine du côté de Caderousse…

Normalement, la transcription de son décès devrait avoir été faite en marge de son acte de naissance. Ce n’est pas le cas, et les services d’Etat Civil ne devait pas fonctionner au mieux dans cette période troublée.

A Valence, les archives du service des Pensions est dans un tel état de classement que, pour retrouver le dossier de Bernard Marcel, il faudrait passer plusieurs mois à éplucher des registres. Si le dossier est à Valence !

La mémoire des hommes humbles disparaît vite.

Mais au moment de refermer la dernière page, faisons-lui l’honneur de reproduire en partie son livret militaire :

MARCEL Bernard Louis, matricule de recrutement n°917

Le conseil de révision

Etat Civil : né le 9 juin 1879 à Vers, canton de Séderon

Profession de meunier - Fils de Louis Michel et de feue Bernard Sabine

Signalement : Cheveux et sourcils châtains - yeux bleus - front ordinaire - menton rond - visage rond - taille 1m. 62

N° 45 du tirage dans le canton de Séderon - Bon service actif

Le service militaire

Incorporé au 22ème Régiment d’Infanterie à compter du 15 novembre 1900

– arrivé au corps le dit jour – N° matricule 2540 et soldat de 2ème classe

Envoyé dans la disponibilité le 19 septembre 1903, a reçu un certificat de bonne conduite.

Passé en réserve de l’armée active le 1er 8 1903.

Passé dans l’armée territoriale le 1er octobre 1913.

La guerre

Rappelé sous les drapeaux (mobilisation générale du 2 août 1914), arrivé au corps le 3 août 1914.

Campagne d’Allemagne du 3 août 1914 au 20 octobre 1919

Passé au 157è d’infanterie le 18 mai 1915. Passé au 359è d’Infanterie le 24 juin 1918.

Blessé par éclat d’obus « fracture cuisse droite et bras gauche le 11 juin 1918 à Courcelles (Aisne) ».

Cité à l’ordre du corps d’armée n°22895 « excellent soldat aussi modeste que brave – a montré pendant 4 ans un sang-froid et un dévouement au-dessus de tout éloge. Le 18 juin 1918 s’est distingué à l’attaque de Courcelles où il a été grièvement blessé ».

Médaille militaire (DM du 16 mars du 16 mars 1922 (rang du 16-6-1920)

L’invalidité

Reformé définitivement n°1 proposé pour pension temporaire 45% par la commission spéciale du Rhône Sud du 22 octobre 1919 pour fracture fémur droit.

Déjà réformé définitivement et proposé pour pension temporaire invalidité 60% pour fracture du fémur droit … atrophie considérable raccourcissement de 1cm1/2 raideur articulaire et laxité articulaire du genou par la Cion de Réforme de Valence du 10-11-1920

Déjà réformé définitivement proposé pour pension temporaire invalidité 65% pour « grosse impotence membre inférieur droit avec amyotrophie et raideurs articulaires multiples et subluxation de la hanche, raideur épaule gauche » par la Commission de réforme de Valence du 26 septembre 1923.

Seuls les titres en gras ont été ajoutés. Tout le reste est une fidèle transcription de son livret militaire : il avait 35 ans lorsqu’il partit à la Guerre, il participa aux combats pendant 3 ans et 10 mois jusqu’à ce que, en juin 1918, il ait la malchance d’être grièvement blessé par un éclat d’obus.

Le 20 octobre 1919, soit 16 mois plus tard, il est rendu à la vie civile. Agé alors de 40 ans, invalide, il peut retourner au pays natal.

Devenu le meunier de Saint-Pierre, il tiendra un agenda qui est à la fois :

- une relation précise de ses activités de meunier et de petit paysan

- le livre de ses comptes financiers.

L’agenda de 1923 n’était certainement pas le seul qu’il ait tenu, mais c’est le seul qui ait échappé aux aléas du temps.

Pendant 15 nos du Trepoun, nous avons transcrit ce document qui égrène, en présentant forcément des éléments répétitifs, les menus faits de sa vie de chaque jour. Une vie au rythme des saisons - et chacune a ses impératifs - mais surtout une vie parfaitement intégrée dans une société rurale dont chaque participant connaît, et semble accepter, les règles. Et où le Lilet a pleinement sa place.

Dans le n°49 du Trepoun, Guy Bernard avait retracé un portrait du Lilet. C’est l’occasion de le relire, en guise de clôture du dossier.