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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Cantoun Prouvençau
Article mis en ligne le 1er décembre 2016
dernière modification le 29 décembre 2019

par POGGIO André

Dé qué vivoun ?

« Din lou tèn, y avié douos restoran à Mévouilloun. Lou diméntché y avié bèn dé dgèn qué mountavoun dé la baissa, dou Vaucluse, pèr véni manja à miéjour à la mountagna. É din lou lo n’y avié qué sé prénién pa pèr rèn. Nous régardavoun couma dé paoures ariéras. Quan vénièn véi lou Gozzi, sé garavoun su l’éara dou Louis. Én co, lou typé èn sourtèn dé sa bagnole digué à sés passsadgié :

« Fan dé puta, mé dé qué vivoun lei dgèn, aqui, dés piboulas ? »

Lou Louis qué passava an aquéou moumén èntèndé et digué :

« Oui, oui, oui, djustamén. Li dgèn ramassoun la fueuilla, la fan séca din li daou é vèndoun aco à Djouvé, dé Carpentras. Lou couneissès ? »

« Ah ! Coumpréné qué lou couneissèn » digué l’aoutré. « És nouostre herboriste ! »

« É bè » digué Louis, « paréi qué n’èn fan én rémèdi pèr la foulie, é sarié tou counsouma su plaça ! »

[Jadis il y avait deux restaurants à Mévouillon. Le dimanche il y avait bien des personnes qui montaient de « la baïsse’(d’en bas), du Vaucluse, pour venir manger à midi à la montagne. Et dans le lot il y en avait qui ne se prenaient pas pour rien. Ils nous considéraient comme de pauvres arriérés. Quand ils venaient chez le Gozzi, ils se garaient sur l’aire du Louis. Une fois le type en sortant de sa bagnole a dit à ses passagers :

« Fan des putes, mais de quoi ils vivent, les gens, ici ? des peupliers ? ’

Le Louis qui passait à ce moment-là, a entendu et il a dit :

« Oui, oui, oui, précisément ! Les gens ramassent la feuille, la font sécher dans les greniers et vendent ça à Jouve, de Carpentras. Vous le connaissez ? »

« Ah ! Je comprends qu’on le connaît », a dit l’autre ; « c’est notre herboriste ! »

« Et bien », a dit le Louis, « il paraît qu’ils en font un remède contre la folie, et ce serait tout consommé sur place !’]

Histoire garantie authentique, racontée et traduite par Michel BOREL

***

Lou crestaïre

« Lou bravé Léoun, dou Cou de Mevouioun, éro crestaïre.

Pendènt la darriero guerro, Léoun prénié sa bicicletto, coumo la « senço » mancavo, pèr ana faire soun obro, de vilajoun en vilajoun. A sis espalo, Léoun pendoulavo si dos museto bourado de sis outis de crestaïre.

Dentérin, un gendarmo, jouine et nouveu, arribé à la brigado de Mount-Brun. Aqueste gendarmo, dins si tournéio, agué lèu rémarca nostre bravé Léoun qu’anavo et véni. E se digué : « Aquestòme que passo et répasso tant souvènt émé si museto bourado, segur, fai de marcat négré : de buré, de toumo, de froumage, d’iòu. Fau que lou pessugué ! »

E, un jour, aqueste gendarmo pessugué Léoun, dins la coumbo d’Aulan. Sourtigué soun casernet de verbau et li demandé :

« Quau sias, Moussu ? D’ounté sias ? Que fasès ? Siéu ségur que fasès de marcat négré ! Fasès m’espincha un pau ço qué aves dins vostri museto tant glafido ? »

Estoumaca, nostre bravé Léoun respoundigué au gendarmo, en risoulent :

« Ben, brégand ! Siéu Léoun Aumagi, dou Cou de Mevouioun. Que fau ? Siéu crestaïre !… A vostre servicé ! »

Lou Pastras

Lou Pastras était le pseudo utilisé par Victor Morel, pour écrire ses petites histoires provençales (cf. Trepoun n°59). Ce texte « Lou crestaïre » a été retrouvé et traduit par Sandy-Pascal Andriant :

Le castreur

Le brave Léon, du Col de Mévouillon, était castreur.

Pendant la dernière guerre, comme l’essence manquait, Léon prenait sa bicyclette pour aller faire son travail, de village en village. Sur ses épaules, Léon pendait ses deux musettes bourrées de ses outils de castreur.

Pendant ce temps un gendarme, jeune et débutant, arriva à la brigade de Montbrun. Ce gendarme, dans ses tournées, eut vite fait de remarquer notre brave Léon qui allait et venait. Et il se dit : « Cet homme qui passe et repasse si souvent avec ses musettes bourrées, sûr qu’il fait du marché noir de beurre, de tomme, de fromage, d’œufs. Il faut que je le pince ! »

Et un jour, ce gendarme coinça Léon dans la combe d’Aulan. Il sortit son carnet de procès verbaux et lui demanda :

« Qui êtes-vous, Monsieur ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous ? Je suis sûr que vous faites du marché noir ! Faites-moi voir un peu ce que vous avez dans vos musettes si gonfles ? »

Estomaqué, notre brave Léon répondit au gendarme, avec un petit sourire :

« Mais bien sûr, brigand ! Je suis Léon Aumage, du Col de Mévouillon. Ce que je fais ? Je suis castreur !… A votre service ! »

***

Lou « Notre Père » pèr li felibre

Les Archives du Félibrige ont conservé une feuille dactylographiée où sont recopiées plusieurs versions en provençal du « Notre Père ». S’agissait-il d’une enquête ? Le document ne donne aucune indication sur l’étendue ni sur l’année de l’étude.

Le rédacteur se contente de regretter que « càsi de pertout li galicisme “foussounon” : pèro pèr paire… ciel pèr cèu… renhe pèr rèine » [presque partout, les gallicismes foisonnent : père, ciel, reine].

L’intérêt du document, c’est que les auteurs des traductions sont nommés, et que ce sont des habitants du pays gavot : « Ourpèiro, M. Chastel, counsié Generau… M. Jouve, mèro de Moydans, prochi L’Espinho… »

Il y a aussi une version de « Sederoun, Droumo, de Pascau, grafié en Ribiers »  :

« Nouestre pèro que sias au ciel que vouestre noum siegue santifia, que vouestre renhe arribe, que voustra vourounta siegue facha su la terra coume au ciel. Douné nous nouestre pan de touei lei jour, encuèi, pardouna nous nouestras oufensas coume perdounen à n’aqueleis que nous en oufensa. Nous leissès pas sucoumbar à la tentacien, mai delivrès nous dou mau. Ainsi soit-il. »

Mais qui donc était ce Pascal de Séderon, greffier à Ribiers et provençaliste à ses heures ?

Jean-Pierre Rouge – très actif au sein de l’association du Luminaïre à Lachau et qui de plus habite Ribiers – l’a identifié.

Il s’agit d’Amédée Pascal, fils de Joseph et de Léonie Roux (de Villebois). Né à Séderon en 1882 à la ferme du Jas, il fut un Poilu de 14 [1], puis devint gendarme et enfin greffier du Juge de Paix à Ribiers.

Marié une première fois en 1922 avec Louise Roux (originaire du même village que la mère d’Amédée, Villebois,), veuf en 1932, il se remaria en 1935 à Banon avec Louise Maffren.

Il a fini ces jours à Séderon (décès le 3 août 1968).

La période où il fut greffier correspond aux années 30 et permet de dater le document.

André POGGIO

***

À touto criso, sa soulucioun

– cet article, paru dans « Prouvenço d’Aro » en décembre 2015, n’a aucun lien avec Séderon. Mais il est amusant.

« Ah ! nous n’en fan de bello lis elevaire. Sabèn tóuti que nous volon faire empassa touto meno de pourcarié, mai cade jour n’aprenèn de nouvello.

Ansin, vous arribo souvènt de manja de dindo. Bon, s’es uno dindo entiero, es bèn uno dindo. Rintro dins voste four. Se croumpas d’escalopo o de roustit, de vèire sa groussour, vous imaginas eisa la bestiasso. En realita, es plus uno dindo mai un dindoun, un gabre (1). Li mascle se fan mai bèu e mai vite, es tout proufié. Proufié, belèu pas pèr éli… Segur que li van tintourla, li faire manja soun sadou emai mai, soulamen ié sara enebi de courre e de s’espaça pèr se pas fatiga e se sarraran à cinq sus 1 m ; de cop que i’a, saran 10.000 ensèn, sènso ges de fenèstro. Urousamen que li poutingaire soun aqui pèr ié leva li risco d’enfecioun e lis ànci. Mai alor, queto bello bèsti ! 20 kilò, eisa.

Mai, mai… I’a encaro un mai… S’avès dins vòsti sieto de tant bèu moussèu, es que li pàuri gabre soun esta seleiciouna pèr agué lou pitre lou mai larg, lou mai bèu. Talamen bèu, lou pitre, que, pecaire, podon plus caligna si dindo. Es aqui qu’an trouba la meiouro soulucioun en tèms de criso : an enventa un nouvèu mestié : « brandaire de gabre »… De brave mounde li prenon sus li geinoui, li flatejon e papouion mounte fau afin que li gabre dounon soun esperme. Vèn pièi lou teinician emé sa seringo e segur que la dindo a pas tant de plasé que lou dindoun… Mai vous lou disiéu : à touto criso, sa soulucioun, em’un mestié de mai, segur que lou caumage vai beissa ! »

[Ah ils nous en font de belles, les éleveurs. Nous savons tous qu’ils veulent nous faire avaler toutes sortes de cochonneries, mais chaque jour nous en apprenons de nouvelles.

Ainsi, il vous arrive souvent de manger de la dinde. Bon, si c’est une dinde entière, c’est bien une dinde. Elle rentre dans votre four. Si vous achetez des escalopes ou du rôti, en voyant la grosseur vous imaginez aisément la bestiasse. En réalité, ce n’est plus une dinde, c’est un dindon, un gabre  [2]. Les mâles grossissent plus et plus vite, c’est tout profit. Profit, peut-être pas pour eux… Bien sûr qu’ils vont les dorloter, les faire manger tout leur soûl, mais il leur sera interdit de courir et de prendre le large pour ne pas se fatiguer, et ils se serreront à cinq sur 1m2 ; quelquefois, ils seront 10000 ensemble, sans aucune fenêtre. Heureusement que les médicastres sont là pour lever les risques d’infection et le stress. Mais alors, quelle belles bêtes ! facilement 20 kilos.

Mais, mais, il y a encore un mais… si vous avez dans votre assiette de si beaux morceaux, c’est que les pauvres dindons ont été sélectionnés pour avoir le jabot le plus large, le plus gros. Tellement gros, le jabot, que peuchère, il les empêche de câliner leurs dindes.

C’est là qu’ils ont trouvé la meilleure solution en temps de crise : ils ont inventé un nouveau métier, « branleur de dindon »… de braves gens les prennent sur leurs genoux, les flattent et les caressent où il faut afin que le dindon donne son sperme. Viens alors le technicien avec sa seringue et pour sûr la dinde n’a pas tant de plaisir que le dindon… mais je vous le disais : à toute crise, sa solution – avec un métier de plus, le chômage va certainement baisser !]

Peireto BERENGIER

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