Le MESCLUN du TREPOUN
Article mis en ligne le 1er décembre 2016
dernière modification le 29 décembre 2019

par CHARROL Jean-François, POGGIO André

Les Béliers –

Jean-François CHARROL nous raconte son souvenir des transhumances, lorsque les troupeaux traversaient nos villages :

« Certains jours, à l’époque des premières chaleurs, on entendait venant du haut du village un bruit de sonnailles, c’est-à-dire un mélange de sons de clochettes et de grelots dominé par le redon attaché au cou du bélier en tête du troupeau.

—  « les béliers !! » criaient les gens et surtout les enfants.

Marchaient devant les bergers de haute stature s’appuyant sur un long bâton terminé par des lanières de cuir destiné à faire revenir les bêtes qui s’écartaient. A leurs côtés allaient et venaient les chiens chargés eux aussi de discipliner les moutons.

Chaque bête portait sur son dos une marque de couleur différente correspondant à l’identité de chaque propriétaire. En effet le troupeau se composait de moutons appartenant à différents propriétaires.

Ainsi les bêtes s’acheminaient vers les alpages pour brouter l’herbe verte jusqu’au début de l’automne.

Venaient en fin de troupeau des ânes bâtés, les uns chargés de lourdes cages d’osier où seront logés les agnelets nés au cours du séjour alpestre, les autres portant vêtements, denrées alimentaires et autres.

Avant l’entrée à Séderon, les bergers et les chiens s’installaient sur le rebord d’une colline pour casser la croûte et prendre un peu de repos. Quant aux moutons ils broutaient tout au long de la route et s’abreuvaient au hasard des ruisseaux rencontrés.

Après avoir traversé Séderon, les bêtes se dirigeaient vers Eygalayes, prenant parfois des raccourcis, celui du hameau des « Nègres » par exemple. Dans le village d’Eygalayes prenait naissance un large sentier habituellement emprunté par des troupeaux ; il s’élargissait au travers d’une colline appelée « les Ubacs », il était bordé de hautes haies de buis, face à « la Combe », la ferme de mes parents.

On entendait le bruit des sonnailles qui signalait le passage des béliers.

Il arrivait que des moutons malades meurent épuisés dans « les Ubacs » ; on les retrouvait couchés sur le flanc à moitié dévorés par les aigles, les renards ou autres. Je me souviens d’une scène pénible : une brebis apparemment malade ou épuisée avait auprès d’elle son agneau qui tentait désespérément de téter. Celle-ci le repoussait. Emu, je le pris dans mes bras, imaginant que je pourrai le sauver. J’avais l’intention de le mener à la ferme afin qu’il tête les chèvres. Ce fut une erreur car il ne parvint pas à s’alimenter et n’a pas survécu. J’en fus très attristé.

Le troupeau continuait sa marche sur le chemin des « béliers » jusqu’au col de la Pigière, par où il descendait vers le village de Laborel voisin des Hautes Alpes. Une longue route restait à parcourir pour arriver aux pâturages alpestres.

Par la suite, ces voyages périlleux n’eurent plus lieu. Les propriétaires des bêtes préféraient les confier à des camions aménagés pour leur transport, et celui des bergers. Ils pouvaient ainsi être acheminés vers les herbes de la montagne.

Jean-François CHARROL

Les Brassadeaux –

Si vous lisez attentivement l’agenda du Lilet, vous vous êtes aperçu que notre meunier appréciait beaucoup les brassadeaux, qu’il profitait souvent de ses visites à Séderon pour en acheter chez les boulangers. Mais quelle en était la recette ?

En mars 1975, le journal Peuple Libre nous la donnait, ainsi que sa symbolique. Le titre était en provençal : « Li Brassadeu – Ah qu’ils sont délicieux les brassadeaux ! Pardi, ils sont faits avec de la farine, des œufs, bien sûr, et du beurre et du sucre et des zestes de citron, d’orange et de rhum. Tout cela cuit en double cuisson : ébouillanté puis cuit au four…

Depuis une bien vieille tradition provençale, les brassadeaux sont faits aux Rameaux et Pâques. Quand nous étions gosses, nous les suspendions à nos rameaux d’olivier, surmontés d’une orange et, tout heureux, nous les portions à la procession des Rameaux !

Alors, une question : que signifient, que rappellent nos brassadeaux ? Vous ne le savez pas ? Allons réfléchissez ! Puisque les brassadeaux sont faits pour les Rameaux et à Pâques et qu’ils ont la forme d’une couronne… c’est la couronne d’épines de notre Seigneur. Et l’orange ? C’est notre terre ! Oui mais les brassadeaux n’ont pas d’épines. Heureusement… ».

Toujours dans Peuple Libre, un autre souvenir est signé par l’abbé Victor Morel, l’ancien curé de Mévouillon. Il écrivait en avril 1985 :

« Les Rameaux, Pâques, c’est le temps des brassadeaux ! En avril 1969, nous avons eu la joie d’un pèlerinage en Terre Sainte. A Nazareth, nous avons été reçus par une famille d’arabes chrétiens. Au cours de la veillée, ils nous ont offert des brassadeaux, des meringues, des dragées ! Ils nous dirent : les brassadeaux évoquent la couronne de Jésus, les meringues évoquent l’éponge de vinaigre que les soldats présentèrent à Jésus, les dragées pointues évoquent les clous, la lance ! C’était délicieux ! Ainsi ces instruments de souffrance et de mort ont été transformés en très agréables douceurs. ».

Puis un jour la tradition a disparu. De quand date le dernier brassadeau à Séderon ?

Pour un village pas très lointain, St Vincent sur Jabron, Jean-Pierre Joly nous donne une réponse dans son très récent ouvrage, La vallée du Jabron [Revue de la Société scientifique et littéraire des Alpes de Haute-Provence – 2016 n°376] : « Brassadéou… Avant la guerre de 1940 et même quelques années après, pour Pâques, Raoul Gonsaud, le boulanger de Saint-Vincent installé au moulin d’Anne, fabriquait des brassadéous , sorte de brioche sucrée, formée d’un tortillon enroulé en couronne. Il en enfilait quelques-uns sur ses bras, mettait deux banastes pleines sur le charreton, et allait les vendre dans le village et aux alentours  »

Charles du Puy Montbrun, sa vie, ses exploits, sa famille. –

Gilbert Picron écrit régulièrement pour le Trepoun des articles fort documentés. Il est membre de l’Essaillon et de son Conseil d’Administration. La passion de notre ami pour l’histoire locale l’a conduit à s’intéresser à la famille du Puy Montbrun dont le représentant le plus célèbre fut Charles (1530-1575), chef huguenot particulièrement actif lors des guerres de religion. Catholique par tradition familiale, Charles du Puy Montbrun se convertit au protestantisme et s’illustra par son opposition au roi Henri III, ce qui lui valut d’être décapité publiquement à Grenoble en 1575.

Trois années de recherches assidues ont permis à Gilbert Picron de rédiger une biographie de ce personnage controversé, – Sandy-Pascal Andriant a rédigé la partie concernant le château. Et également de sa famille, qui a possédé le territoire de Montbrun de 1100 à la Révolution de 1789, s’est dispersée à travers l’Europe, émigrée volontaire suite aux conflits religieux, et qui, au gré des alliances, compte aujourd’hui parmi ses descendants toutes les royautés européennes.

Mélange de généalogie, d’héraldique, d’histoire et surtout bien entendu de faits d’armes (multiples, variés, curieux, imagés), le livre est intitulé :

« Charles du Puy Montbrun, sa vie, ses exploits, sa famille »

Il compte 141 pages, 56 photos et cartes, et est vendu au prix de 18 € [Editions du Toulourenc].

J. F. Layraud –

dans le précédent Trepoun, j’avais écrit sans vérifier que deux tableaux de Layraud, la Pieta et le Saint Sébastien, étaient exposés dans l’église de Buis-les-Baronnies. Deux rectifications sont nécessaires :

  • Layraud avaient offerts les tableaux à l’église de son village natal, La Roche-sur-le-Buis. Ils y sont toujours.
  • pour utiliser la terminologie exacte, il faut parler d’une Mater Dolorosa et non d’une Pieta.

Le site de la Saint Louis –

– Ils étaient une poignée, ces Louis qui décidèrent de créer une fête et qui, pendant plusieurs années, sponsorisèrent la manifestation – le Trepoun n°49 en avait publié de nombreux souvenirs.

Pour célébrer la fête avec dignité, les Louis avaient aménagé un site au quartier de l’Essaillon, en surplomb de la route. Un escalier permettait l’accès à l’autel (et oui, l’abbé Petit, en aube, présidait la cérémonie), puis à la statue du saint placée dans un oratoire.

Quel plaisir de constater qu’un grand nettoyage a été réalisé au début de l’été 2016 : élagage, tronçonnage des végétaux, réfection des maçonneries ont permis de redonner au site un aspect accueillant. Les bénévoles ? Christian Roux et Henri Espieu.

Seule la statue, érodée par le temps, n’a pas encore retrouvé son aspect d’origine.

A propos, de quand date-t-elle, cette statue ? La réponse est dans un petit article publié le 23 septembre 1972, dans Peuple Libre, évidemment :

Col de Mévouillon –

– Changeons de journal. C’est à un hebdomadaire national, Le Pèlerin, que nous avons maintenant affaire. Il y a presque 60 ans, le 17 février 1957, un fait divers survenu dans notre région occupait une pleine page.

Le dessin d’illustration est plus évocateur que les quelques phrases qui l’accompagnent.

« Depuis des heures la neige tombait. Et le vent soufflait en tempête. Deux routiers d’une entreprise de Laragne, dans la Drôme (sic), MM. Zanardi et Pedras, conduisaient un camion dont la remorque était chargée d’une nivelleuse pesant plusieurs tonnes. A 500 mètres du sommet du col de Mévouillon, le camion se mit à patiner sur le verglas que cachait une énorme couche de neige. La nuit était là. Les deux hommes réussirent, non sans mal, à garer au bord de la route l’énorme machine qui pouvait gêner les autres véhicules. Alors les routiers décidèrent de monter la garde. A eux vont bientôt se joindre le maire de Mévouillon, M. Andréoletty. Toute la nuit, sous la tempête de neige, dans le vent glacial, trois hommes veillèrent. Par leur présence près du camion, ils réussirent à éviter l’accident qui, dans ce dangereux virage, guettait tout automobiliste ».

André POGGIO