Pèlerinage à Notre-Dame de Vie
Article mis en ligne le 1er décembre 2017
dernière modification le 4 décembre 2020

par POGGIO André

Notre-Dame de la Garde, Notre-Dame de Provence, sans oublier Notre-Dame de la Brune à Séderon, voilà des noms de sanctuaires dédiés au culte de la Sainte Vierge qui nous sont familiers.

D’autres sont plus insolites. Je ne résiste pas au plaisir de citer Nosto-Damo de la Galino, Notre Dame de la Poule si on veut traduire, une chapelle située sur le territoire de la commune de Marseille. Elle est ainsi appelée car «  le joyau de sa décoration intérieure est une statue de style roman en bois coloré, représentant la Vierge à l’Enfant, assise, avec l’enfant Jésus bénissant et tenant la galino sur son bras gauche  ».

D’autres sont plus mystérieux. C’est le cas de Notre-Dame de Vie. Quel sens précis faut-il donner à ce vocable assez répandu en Provence  ?

La plus célèbre Notre-Dame de Vie est à Mougins, dans les Alpes Maritimes, peut-être parce que le domaine et la bâtisse qui la jouxtent furent la propriété de Pablo Picasso, et que la renommée du peintre se serait ajoutée à celle du lieu. Ce qu’il faut noter, c’est que «  jusqu’en 1730, le site fut un sanctuaire où les familles venaient de toute la région pour y faire baptiser les enfants morts nés  ».

Un livre [1] qui recense les pèlerinages dans le diocèse de Digne apporte des renseignements complémentaires. Un chapitre y est consacré à Notre Dame de Fougères, à Forcalquier, «  dédiée à Notre Dame de Vie, cette chapelle est située au quartier de Fougères… toute la population de Forcalquier venait en procession solennelle à Fougères plus particulièrement durant les périodes d’épidémie. Ce fut le cas lors de la peste qui avait débuté au mois de mai 1478. A la suite de la procession, l’épidémie cessa en décembre 1749 [2], et c’est à cette occasion que la chapelle fut placée sous le vocable de Notre Dame de Vie…  ».

Un autre chapitre signale, à Lurs, une chapelle Notre-Dame de Vie où «  on faisait dire des messes pour les enfants morts-nés rappelés à la vie (sic)…  ».

Si placer sa vie sous la protection de la mère du Christ peut paraître normal, surtout aux temps des grandes épidémies, le baptême des enfants morts-nés semble relever de la croyance en un possible miracle, en une possible re-naissance.

Mais alors quelle était la protection particulière sollicitée par les habitants de Vers-sur-Méouge, qui eux aussi consacrèrent une chapelle à Notre Dame de la Vie  ?

Parlons d’abord des documents qui mentionnent l’existence de cette dévotion : le premier est une photo, dont le tirage sur carte postale [3] date du début du XXᵉ siècle.

Sa légende associe «  N.-D. de Vie et St-Côme  », la chapelle que nous connaissons tous.

Les autres documents sont plus récents :

  • le Bulletin Paroissial, mensuel de Séderon, Vers, Barret-de-Lioure, Ferrassières, Montfroc de juin 1928 signale, sous la rubrique “Séderon” «  le Pèlerinage à Notre-Dame de Vie, à Vers, le 28 mai  ». La rubrique “Vers” du même bulletin précise le déroulement des cérémonies :
  • un plan de la chapelle de Vers, édité vers 1990 [4], qui précise la position de Notre Dame de Vie à l’intérieur (chercher l’index 9) :

L’origine du pèlerinage nous est donnée dans une lettre de 1862, conservée aux Archives Départementales de la Drôme. Elle a été écrite par l’abbé Régnault, qui était alors curé de la paroisse de Vers, à l’adresse de son évêque à Valence :

« … Il existe dans ma paroisse une chapelle rurale dédiée aux Saints Cosme et Damien. Cette chapelle qui n’a rien de méritoire au point de vue de l’art, a du moins le mérite d’être d’une antiquité vénérable qui se perd dans la nuit des temps et d’attirer chaque année, le 27 7bre , un concours considérable de prêtres et de fidèles. Ce jour-là le saint sacrifice s’y offre sans discontinuer toute la matinée  ; on y chante même une grand’messe pendant laquelle a lieu une instruction spéciale et relative à la fête…

Dans cette église entretenue et récemment réparée aux frais de ma fabrique par le moyen de quêtes et de dons volontaires, il se trouve une petite chapelle consacrée à Marie sous le vocable remarquable de Notre-Dame de Vie. Ce nom, s’il faut croire une pieuse légende qui se transmet de génération en génération, comme un précieux héritage, dans les familles de Vers, viendrait d’un prodige éclatant opéré en faveur d’une personne très dangereusement malade, abandonné des médecins de la terre et qui, dans une crise suprême, se serait adressée à celle que l’Église invoque, avec raison, comme le secours des chrétiens et le salut des infirmes. Elle promit en même temps d’élever une chapelle et un autel à la Vierge puissante. Sa prière fut immédiatement exaucée. Elle revint à la vie et à la santé, et dans sa religieuse reconnaissance, elle s’empressa de tenir et d’exécuter sa promesse. Telle est, ou telle parait être l’origine de la dévotion à Notre Dame de Vie.

Depuis lors, une fois par an, la 3ᵉ fête de la Pentecôte, probablement jour anniversaire et commémoratif du prodige, la paroisse de Vers va processionnellement entendre la Ste Messe à la chapelle. Son exemple est suivi par les paroisses voisines qui y viennent avec empressement etavec dévotion…  »

Mais comment terminer ce pèlerinage à Notre Dame de Vie sans faire un lien avec les Saints Patrons du lieu : Côme et Damien, nous dit l’hagiographie, étaient frères et médecins. Et «  leurs opérations chirurgicales passaient pour miraculeuses  ».

Tout se tient.

André POGGIO