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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 46
Séderon dans les livres (et dans les cartes)
3ème chronique
Article mis en ligne le 16 novembre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par POGGIO André

Les rencontres de l’année commencent avec un guide de voyage :

Les Alpes de Provence – Gustave Tardieu [Editions Masson – 1912
Réédité en 2000 par les éditions du Bastion].

Gustave TARDIEU (1851-1932) était un vrai bas-alpin. Géologue, botaniste, il a publié de nombreuses études relatant excursions et ascensions au cœur du pays sisteronnais.
Ce «  Guide du Touriste, du Naturaliste et de l’Archéologue  » est une formidable description de la région telle qu’elle était au début du XXème siècle. Nous aurions donc pu y retrouver une image précise de Séderon, avec ses hébergements, ses commerces et tout ce qui pouvait être nécessaire à un touriste de la Belle Epoque.

Hélas, depuis la Révolution, notre village n’est plus en Provence et à bon droit Gustave Tardieu amène ses voyageurs sur un itinéraire «  de Sisteron à Malaucène par les vallées du Jabron et du Toulourenc  » qui se contentera de frôler notre village :

«  du col de la Pigière, on descend dans le fond de la petite vallée de Séderon où naît la rivière Méouge. On laisse, à droite, en vue même de Séderon, la route qui dessert ce chef-lieu de canton et se continue ensuite : à l’E., vers la vallée du Buëch par la vallée de la Méouge ; au N. O., vers le Buis, par la vallée de l’Ouvèze qu’on atteint à St-Auban (Drôme). La route monte sur 4k. pour atteindre le col de Malcuègne. En abordant ce culmen du trajet, on est frappé par la masse imposante du Ventoux qui surgit du fond de la vallée du Toulourenc  » [sic pour Malcuègne]

Puisque Séderon n’est apparu qu’à l’horizon du voyageur, revenons vers la vallée du Jabron dont la remontée nous avait réservé une rencontre très typée


Paysan de la vallée du Jabron (page 121)

et arrêtons-nous à Saint Vincent, toujours dans cette vallée qui est l’axe de l’itinéraire, pour noter les services proposés :

Il est fait mention de la voiture publique Sisteron-Séderon, qui était alors exploitée par la famille Michel (voir l’article de Paule Delsart in Le Trepoun n°37–2004). Je ne sais pas à quoi ressemblait la voiture de Séderon, mais ne résiste pas au plaisir de vous offrir une carte postale de la même époque et qui illustre tout à fait le sujet :

Voici “l’omnibus” de l’hôtel Jourdan, tel que le signale la notice, qui amenait les clients depuis Sisteron (notons que l’hôtelier éditait aussi ses cartes postales).

Les généralités du guide permettent aussi d’avoir une idée du coût des transports et de l’état des routes en 1912 :

«  Des voitures publiques permettent de gagner à bon marché la plupart des points intéressants du pays. Le prix moyen de ces voitures est de 0,10 [francs] par kilomètre et par place.
Plusieurs loueurs ont d’excellents chevaux et des voitures très confortables. Une voiture à un cheval se loue de 12 à 15 fr. par jour, et une voiture à deux chevaux, de 16 à 25 fr. On devra toujours s’entendre à l’avance. Dans les centres secondaires et presque toutes les petites localités, les maîtres d’hôtel ou les aubergistes procureront aux excursionnistes des véhicules à bon marché.
CYCLES ET AUTOMOBILES. – Les montagnes des Alpes de Provence sont très accessibles aux cycles et automobiles. Les routes sont généralement bonnes, bien entretenues, mais assez dures. Les côtes sont nombreuses et souvent fort longues. Les rampes supérieures à 5% sont fréquentes.
 »
[pour les hôtels] «  l’établissement principal des chefs-lieux de canton est souvent bien tenu. Pourtant certaines régions, parmi les plus intéressantes, laissent encore beaucoup à désirer comme confortable et comme propreté. La nourriture est généralement bonne et copieuse, parfois recherchée (truites, écrevisses, gibier). Les prix varient de 5 fr. à 9 fr. par jour.  »

Laissons Tardieu poursuivre ses voyages vers d’autres lieux des Alpes de Provence et continuons le nôtre avec un guide plus récent.

Tourisme dans la Drôme – comité départemental du Tourisme de la Drôme

Les guides modernes sont plus succincts (enfin, quand je dis moderne, celui-là date de 1967 et fait déjà partie de l’histoire du tourisme) : un itinéraire de 165 km à travers les Baronnies y est concentré sur une double page ; il passe bien sûr par Séderon « station climatique et centre touristique », mais passe bien vite à autre chose.

Pas grand chose à retenir de ce guide sauf que, en 1967, l’argument principal pour vendre notre région, c’était le bon air et Séderon figure en bonne place sur la page réservée à la vocation climatique de la Drôme. Ce qui ne faisait que reprendre en partie le slogan « air pur lavande pêche » diffusé, quelques années auparavant, par les PTT.


cachet postal de 1954

Pour être complet, rappelons qu’en ce temps-là les estivants disposaient de deux hôtels pour profiter de tout cet oxygène séderonnais pendant leurs séjours.

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Pierre Magnan, lors de sa venue à Séderon en août 2007, nous avait dit quelques mots sur l’écriture en cours de son prochain roman. Depuis, le livre a été publié sous le titre :

Chronique d’un château hanté [Denoël - avril 2008].

Et voici ce qu’on y trouve, à la page 367 :

« Et pour ne rien vous cacher de la vérité pure, j’ai semé moi-même en ma vie amoureuse un ou deux bâtards lesquels aux dernières nouvelles, ne s’en portent pas plus mal et n’ont pas d’état d’âme !
Je les ai eus, en mon jeune temps, d’une fille de Séderon dont je me souviens avec joie !
 »

C’est encore Auguste Grivannes, alias Félicien Bredannes en littérature, qui parle. Magnan fait allusion au passé de notre « séderonnais héros de roman » et évoque ses enfants naturels. Ce n’est qu’une courte phrase du roman, mais il me plaît de savoir qu’elle a été écrite seulement quelques mois après la visite de l’auteur dans notre village.

__1__

Pour finir, quittons les livres et remontons jusqu’en 1896. Voici la reproduction partielle d’une

carte géographique, publiée cette année-là par le Ministère de l’Intérieur :

Elle permet de constater qu’à cette époque-là le col à 1224 mètres d’altitude sur la route qui nous relie à Ferrassières n’était pas indiqué. Par contre, juste avant, le point coté à 1197 mètres était appelé « Croix de l’Homme Mort ». Indication à rapprocher de la toute proche « Croix Blanche », autre point nommé et situé sur l’ancien chemin qui, après avoir franchi la ligne de la montagne de Lure, dévalait vers Séderon par le vallon débouchant à la ferme entre le Haut et le Bas Macuègne, évitant ainsi le passage par le « col de Macuègne » (qui porte à son sommet « la Croix de Barret »).
Tout ça fait beaucoup de croix, mais c’était certainement, en plus de placer les lieux sous une protection divine, le moyen le plus commode pour baliser les points remarquables d’un itinéraire et permettre ainsi aux voyageurs de trouver plus facilement le bon cheminement.
Quant à notre Croix de l’Homme Mort, vous allez en découvrir l’origine dans ce même Trepoun. Un superbe texte, écrit en 1968 mais racontant des faits vieux de plus d’un siècle, évoque entre autres un crime…
Le texte est signé Jean Constantin.

André POGGIO – septembre 2008
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