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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
I a moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

La Drôme provençale, berceau de la lignée Bernard
Article mis en ligne le 30 juin 2016
dernière modification le 2 octobre 2020

par BERNARD Gabriel †, Ginette et Daniel

Dans la famille, nous avions souvent entendu dire que le berceau des Bernard se trouvait à Séderon. Mais ce n’est qu’à une date récente que nous avons eu la curiosité et l’opportunité d’en savoir davantage.
Le canton de Séderon, le plus méridional des 4 cantons du territoire historique des Baronnies, jouxte les trois départements de Vaucluse, des Hautes Alpes et des Alpes de Haute-Provence. Situé à 800 mètres d’altitude, à mi-chemin de deux sommets mythiques, Mont Ventoux et Montagne de Lure, Séderon actuellement est un peu un bout du monde. Le village ne compte plus que 300 habitants permanents.
Il en était autrement il y a deux siècles. À cette époque, plus de 1 000 personnes vivaient dans le village situé sur une des voies de passage entre la haute vallée de la Durance et la vallée du Rhône. Tous les services publics et les principaux corps de métiers étaient représentés. Il y avait en particulier trois maréchaux-ferrants. L’un d’eux, Louis Bernard était le père de notre arrière-arrière-grand-père Frédéric Bernard né à Séderon en 1814.

L’atelier du maréchal-ferrant a pu se trouver dans le local situé sur le côté droit de la photo.
© Essaillon

La consultation de l’acte de décès de Louis Bernard survenu à Séderon le 21 décembre 1836, à l’âge de 62 ans, nous a permis de connaître son année de naissance (1774) et le nom de son épouse, Catherine Pascal, âgée de 57 ans à la date du décès de Louis. Pendant plusieurs mois nous avons vainement tenté de découvrir les lieux de naissance de Louis et Catherine. Les recherches entreprises dans les actes de la commune de Séderon et dans quelques-unes des petites communes voisines, après nous avoir conduits vers de fausses pistes, ne nous avaient pas permis de progresser dans notre recherche, rendue plus difficile par le caractère très répandu du patronyme Bernard.
La solution s’est débloquée à la suite d’une visite à Séderon : nous avons été contactés par un chercheur bénévole, Monsieur Sandy Andriant, qui nous a proposé son aide et fourni de précieux renseignements. Il nous a communiqué une photo susceptible de représenter l’emplacement de la forge où officiait Louis Bernard. La publication sur Internet de notre arbre généalogique nous a permis de rencontrer Éric Bernard, un de nos cousins inconnus de nous jusque-là et qui, lui aussi, nous a fait bénéficier de ses découvertes.
Grâce aux recherches complémentaires entreprises par Daniel, nous pouvons maintenant enrichir de plusieurs générations notre arbre généalogique, en remontant jusqu’au XVIIe siècle, sans chercher, pour le moment, à pousser plus loin. Cette démarche ne constitue pas un but en soi : le plus intéressant est de pouvoir découvrir, ou tout au moins imaginer, les conditions de vie de nos ancêtres, les difficultés et les joies qu’ils ont pu connaître.
Nous avons ainsi appris que c’est à Montauban-sur-l’Ouvèze, minuscule commune des Hautes Baronnies (à peine plus de 100 habitants actuellement répartis en plusieurs hameaux) qu’a eu lieu, le 15 ventôse de l’an VI (c’est-à-dire le 5 mars 1798), le mariage de Louis Bernard et de Catherine Pascal.
C’est sur cette terre qu’ont vécu pendant des siècles les familles de nos ancêtres qui ont tous exercé le métier de maréchal-ferrant, quelquefois désigné dans les actes notariés sous l’appellation « Maître de forge ».
Dernier village de la vallée avant la source de l’Ouvèze, Montauban-sur-l’Ouvèze abrita au Moyen Âge le château des barons de Montauban. Il est situé à 800 mètres d’altitude, au pied du col de Perty, sur la route des Princes d’Orange, une des voies de communication entre le Rhône et la moyenne vallée de la Durance.
Séderon, le chef-lieu de canton, n’est distant à vol d’oiseau que d’une dizaine de kilomètres, mais il faut en compter 25 par la route, pour passer d’une vallée à l’autre.

Les deux villages se trouvent en effet situés de part et d’autre de la ligne de partage des eaux, l’Ouvèze s’écoulant vers le Rhône tandis que les rivières de Séderon se dirigent vers la Durance. Dans ce territoire accidenté et peu peuplé, les habitants devaient parfois se déplacer dans d’autres vallées pour trouver à se marier.
Pour en revenir à nos proches ancêtres Louis et Catherine, ils allèrent, peu après leur mariage, quitter la vallée de l’Ouvèze pour s’installer à Séderon, où Louis exerça la profession familiale de maréchal-ferrant. Cette lignée s’est ensuite poursuivie à Carpentras jusqu’au début du xx° siècle avec notre arrière-grand-père Joseph Bernard.

© Essaillon

La revue Lou Trepoun éditée par l’association d’histoire locale L’Essaillon a publié plusieurs articles sur la vie des habitants de Séderon à différentes époques et en particulier vers 1850, ce qui nous donne une idée de l’existence rude de cette petite communauté d’habitants aux ressources limitées et assez isolée du reste du monde pendant une partie de l’hiver (le chef-lieu du département, Valence, est distant d’une centaine de kilomètres).
Chez notre aïeul Louis Bernard un premier enfant, une fille prénommée Magdeleine, vient au monde en 1802. Elle décédera à l’âge de 20 ans. Puis suit Joseph, né en 1805. C’est probablement lui qui prendra la succession de son père comme forgeron. Notre ancêtre Frédéric qui naîtra en 1814 après 3 autres enfants, devra en conséquence émigrer vers la ville c’est-à-dire vers Carpentras, capitale du Comtat Venaissin, où il espère pouvoir se faire une place. Le huitième et dernier enfant voit le jour en 1820 et se prénomme Louis Marcellin. Pour nourrir et élever toute cette famille, les parents doivent probablement faire feu de tout bois. Dans un acte d’état civil le concernant, Louis Bernard est désigné en qualité de maréchal-ferrant et cabaretier, ce qui laisse supposer qu’il avait su s’organiser pour rafraîchir les gosiers des hommes pendant qu’il s’occupait de ferrer leurs chevaux.
Frédéric Bernard, notre arrière-arrière-grand-père, s’établit à Carpentras.
Gabriel †, Ginette et Daniel BERNARD
"Des contours du mont Ventoux à la Côte d’Azur, tome I", pp. 19-22

© Essaillon
C’est avec regret que j’ai appris le décès durant le printemps 2015 de Gabriel BERNARD, à Bougival (78), ancien membre du CGDP de Montélimar et de l’Essaillon.
J’avais eu vent de son passage à la mairie de Séderon durant l’été 2009 et de l’échec de ses recherches généalogiques.
Par précaution, son frère et lui avaient laissé leurs coordonnées.
La suite il la raconte dans un passage de son livre dont sa famille nous a autorisé la reproduction pour rendre un dernier hommage à son travail.
Sandy-Pascal ANDRIANT