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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 17
Histoire du passé : Mévouillon
Article mis en ligne le 27 septembre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par ARMAND Albert

Situé à 850 mètres d’altitude, dans les Hautes Baronnies, sur la route du BUIS à LARAGNE et SISTERON, MÉVOUILLON se trouve à 25 kilomètres du BUIS et à 10 kilomètres de SEDERON.

La Commune se compose d’un chef-lieu : GRESSE, où se trouvent la Mairie, l’Eglise et l’Ecole, puis des hameaux du Col, de la Farette et de Pelleret. GRESSE comprend le village, puis Bladier, Bernard, Vidal et Romanon. A part le Village, les autres quartiers de GRESSE ne se composent que de quelques maisons habitées. Il y a eu autrefois la Paroisse avec son Eglise, au pied du FORT. On peut dire que la Paroisse fut le berceau du Village de MEVOUILLON. Aujourd’hui il n’en reste pratiquement plus rien.

Comme tous les villages de cette Région, il a suivi la courbe descendante de la population : environ 850 à 900 habitants en 1913, à peine 233 au dernier recensement. La Grande Guerre de 1914 à 1918 allait être l’une des causes de ce dépeuplement, soit par le nombre trop élevé de ses enfants tombés au Champ d’Honneur, soit du fait que beaucoup des rescapés des champs de bataille, célibataires et sans attache particulière, ne restèrent plus au pays, préférant, après les dures épreuves de la guerre, partir vers les Régions plus hospitalières de la basse vallée de l’OUVEZE ou de la proche PROVENCE.

MEVOUILLON ne devait pas se remettre de cette hémorragie humaine. Pourtant il avait connu son heure de gloire au temps des GAULOIS et peu avant l’invasion ROMAINE.

"L’ECHO de MEVOUILLON", paru en 1937 nous fait connaître l’histoire et l’origine de ce village des Hautes Baronnies dont la modestie actuelle est loin d’avoir conservé la renommée qui a été la sienne au début du Christianisme. Elle a été léguée par deux prêtres : l’Abbé BRUIX, ancien curé de GRESSE et l’Abbé MICHEL, ancien curé de BARBIERES, mais originaire de MEVOUILLON.

Tout d’abord une série de noms qui sont la transformation qu’a subie notre village, au cours des âges : VILLA MEDULLUS - CASTRUM de MEDVILO - MEDULLIO - MEDULIOM - Puis MEDUL - MEDOUILHEM - MEDULLION - MEUILHOM - MEVILLON - MEVOILLON - MEUILLON et enfin MEVOUILLON.

MEVOUILLON a donc été une Cité célèbre dans l’histoire Régionale. Combien de changements se sont faits sur cette montagne, aujourd’hui aride et désertique ! Combien d’exploits se sont déroulés au pied de cet important rocher que nous appelons toujours le FORT !!

La célèbre Baronnie de MEVOUILLON rayonna deux siècles durant sur tout notre haut midi de la DROME qui fut ainsi la plus ancienne Région.

A l’époque Gauloise la tribu des VOCONCES qui vivait sur son territoire s’appelait les MEDULLES. Ses guerriers aimaient l’aventure et les expéditions. L’Histoire générale en relate les principales.

Ils étaient remuants et entreprenants. Ils n’hésitaient pas à partir en expéditions, même lointaines, puisqu’ils auraient franchi les Alpes, descendu dans la plaine du Pô et fondé une agglomération à laquelle ils auraient donné leur nom, par la suite devenu MILAN.

Le chef Gaulois BELLOVESE avait son corps expéditionnaire composé d’ALLOBROGES et de VOCONCES, parmi eux se trouvaient les MEDULLES.

Après avoir franchi le MONT-CENIS, BELLOVESE descendit en ITALIE et fit la conquête du Pays des INSUBRES et des TOSCANS, en imposant aux Villes conquises les mêmes noms que ceux de sa Patrie. Les MEDULLES faisaient preuve d’un vaillant courage pendant toute l’expédition, aussi comme récompense de cette vaillance BELLOVESE donna le nom de leur ville, MEUILLON, à celle qu’il bâtit sur le territoire des INSUBRES et MEUILLON de Gaule Italique devait devenir MILAN.

Telle est la première gloire qui brille sur ce passé historique de MEVOUILLON.

Comme les autres peuples de la GAULE, les MEDULLES participaient à la religion Druidique. Ils adoraient JUPITER, le Dieu du tonnerre ; MERCURE, le Dieu du Commerce ; MARS, le Dieu de la guerre ; APOLLON, le Dieu du Soleil. Une statue de JUPITER a été trouvée dans les ruines d’une maison à MEVOUILLON en 1859. En 1885 il a été trouvé dans un champ près du FORT une statue de SYLVAIN, Dieu des forêts, portant une inscription du IIIème ou IVème siècle, de même des tombeaux et ossements de cette époque, dans un champ.

Les MEDULLES immolaient des victimes à leurs Dieux, à l’exemple des autres peuples païens. Ils se convertirent tard à la Religion Chrétienne et il fallut la venue du Christ pour que disparaissent les sacrifices.

En l’an 50 avant Jésus-Christ la GAULE est conquise par les ROMAINS. Notre Région, proche de la frontière Gallo-Romaine, fut la première soumise et la première organisée en Province Romaine. Cette occupation eut pour résultat de substituer la civilisation Romaine aux moeurs Gauloises. Ce fut l’époque où NIMES bâtit ses arènes, sa Maison Carrée, son Pont sur le Gard ; ORANGE et VAISON leur théâtre.

Pour maintenir leur domination les Romains établirent un très grand nombre de camps fortifiés et la ville des MEDULLES, en raison de sa position stratégique entre la DURANCE et le RHONE devint aussitôt une Place forte. Elle prit alors le nom Romain de CASTRUM MEDULLUM — (Camp des Médules). Le camp devait se situer sur l’emplacement où sera plus tard le MEVOUILLON du Moyen-Age (au pied du rocher et sur le versant Sud de la Montagne du FORT).

MEVOUILLON ne conserve plus aucune trace de son occupation Romaine il y a vingt siècles. Cependant l’Abbé BRUIX relate que l’on a trouvé sur le FORT des pièces de monnaie romaines et découvert des tombeaux contenant des ustensiles funéraires, des squelettes ayant des anneaux gravés, à caractères Romains. Au quartier des "Abeilles", mon Père aurait découvert des tombeaux datant peut-être de cette époque, mais il y a près de cent ans, et l’importance de la découverte lui avait échappé à ce moment là.

Les MEDULLES furent évangélisés entre le premier siècle et l’an 400 de notre ère.

Deux grands missionnaires, Evêques de GAP : Saint DEMETRE et Saint AREY vinrent y enseigner la religion catholique vers la fin du Ier siècle de l’ère chrétienne (Saint AREY est le patron de PELLERET).

D’après la tradition DEMETRE faisait partie du groupe des premiers missionnaires envoyés par les apôtres PIERRE et PAUL pour évangéliser la Gaule ROMAINE. Après avoir débarqué en Provence ces évangélisateurs chrétiens se dirigèrent vers la grande cité Provençale ARLES où l’un d’entre eux, Saint TROPHIME, y demeura. Les autres se rendirent dans différentes missions qui leur avaient été désignées.

Saint DEMETRE eut la Région des Alpes. Après avoir prêché quelques temps à VIENNE il vint s’établir à GAP. Par sa prédication, son zèle et son exemple il y fit de nombreuses conversions. Accusé auprès du Gouverneur romains de la ville d’être l’ennemi des faux dieux païens, il fut condamné à avoir la tête tranchée. Un ancien tableau de la cathédrale de GAP représente les circonstances de son martyr, en l’an 80 après Jésus-Christ. Sa fête est le 20 Octobre. Il fut donc le fondateur de l’Eglise et de l’Evêché de GAP dont les MEDULLES ont fait partie jusqu’au Concordat de 1801.

De son siège épiscopal la foi chrétienne se répandit jusqu’à MEVOUILON, car avant l’ouverture des routes, c’était du côté de GAP que les communications étaient les plus faciles. Saint DEMETRE ne put évangéliser toutes les peuplades de son vaste diocèse, mais son oeuvre se continua après lui. Elle fut achevée 400 ans plus tard par un autre missionnaire, Saint AREY, qui fut également Evêque de GAP de 573 à 610. La tradition nous le montre parcourant son diocèse et, à travers les montagnes, ses multiples paroisses reliées entre elles par des sentiers étroits et escarpés. Il fut, comme Saint DEMETRE un modèle de charité et de piété. Devant l’ignorance religieuse qui régnait dans les montagnes de son diocèse, il fonda à GAP une école qui fut célèbre en son temps.

Il existait au Moyen-Age, à MEVOUILLON, un prieuré qui porta son nom.

M. DELACROIX relate dans son ouvrage "STATISTIQUES de la DROME" édition de 1835, que l’origine de la fortersse de MEVOUILLON se perd dans la nuit des temps et devint, au démembrement du royaume de BOURGOGNE, le Chef-lieu d’un petit état indépendant, qui sous le titre de Baronnie, comprenait 35 communes des environs.

RAYMOND, qui assista en 1178 à l’assemblée d’ARLES, où l’empereur FREDERIC fut couronné roi d’ARLES et de PROVENCE, est le plus ancien baron de MEUILLON dont on ait conservé le souvenir. Ses successeurs sont inconnus jusqu’à REYMOND qui vivait du temps du Dauphin GUIGUES VI.

Reymond II ayant remis ces états à son fils, nommé aussi REYMOND en 1270, se retira dans un couvent de dominicains. Il devint évêque de GAP, successivement archevêque d’EMBRUN, et mourut au BUIS en 1294. Son corps fut transporté à SISTERON, dans l’église des frères prêcheurs.

REYMOND III favorisa les habitants et le chapitre de DIE contre l’évêque de VALENCE, avec qui ils étaient en guerre. Il se mit même à la tête de leurs troupes en 1291 ; mais l’année suivante, ayant été obligé de mettre bas les armes, parce que le Dauphin se déclara pour l’évêque, il céda la principauté à son petit-fils REYMOND, et se fit religieux à AVIGNON, dans le couvent des frère mineurs.

REYMOND IV, dit le Jeune, qui craignait le ressentiment du Dauphin se mit sous sa protection et se déclara son vassal. Quelques années après, fatigué des vexations qu’il éprouvait continuellement de la part du gouverneur du COMTAT-VENAISSIN, il céda sa baronnie au Dauphin HUMBERT II, en 1317 sous la seule réserve de l’usufruit pendant son vivant.

Un neveu de REYMOND, AGOUT de BAUX, de la maison des princes d’Orange fut particulièrement irrité de cette donation, qui le privait de la plus belle portion de l’héritage de son oncle. Il suborna un cuisinier, qui se chargea d’empoisonner le baron. Surpris dans l’exécution de son crime, il fut arrêté, poursuivi et condamné à mort en 1323. Après l’avoir traîné nu sur une claie, attaché par les pieds à la queue d’un cheval, depuis la porte du château de MEVOUILLON jusqu’aux jardins de VILLEFRANCHE, en le tenaillant sur tout le corps, avec des instruments tranchant on le pendit aux fourches publiques.

Le FORT était bâti sur une colline isolée et environnée d’un roc taillé à pic de 300 pieds de haut. Il dominait la plaine qui forme le territoire de MEVOUILLON.

La devise des MEDULLES était " ESPOIR de MIEUX".

Les protestants, sous les ordres de DUPUY-MONTBRUN s’en rendirent maîtres en 1573.

Les catholiques, qui bloquaient le FORT, se flattaient de le réduire par la famine. Un mois s’était écoulé et il ne restait plus que trois boisseaux de blé et un porc. Après avoir livré le blé à cet animal, on le jeta, ainsi repu, dans le camp des assaillants, qui croyant les vivres abondants dans la Place, se retirèrent.

Cependant, les protestants, contraints de l’abandonner peu d’années après, voulurent le reprendre en 1591. Dans son "HISTOIRE et CHRONIQUE de PROVENCE", César NOSTRADAMUS rapporte que GOUVERNET, après un blocus de onze mois, prit MEVOUILLON par famine et le ravagea. C’était, dit-il, un FORT inforçable.

Les protestants en étaient encore maîtres en 1626 et LESDIGUIERES, leur ancien chef, devenu maréchal de France et Connétable, voulut s’emparer de cette place. Il donna, de VALENCE, où il était retenu par son grand âge, l’ordre d’assièger MEVOUILLON. MONTAUBAN qui était à la tête des protestants dans cette partie du Dauphiné, y commandait. Le FORT capitula le 23 Septembre, après un siège de quarante six jours, conduit suivant les instructions du Connétable, par BERTRAND de MORGES, un de ses lieutenants.

"C’est alors le début de la fin : MEVOUILLON représente trop un symbole de puissance régionale pour ne pas être dans le collimateur de RICHELIEU dont l’obsession est l’affaiblissement de la noblesse provinciale ; aussi dès 1640 une première vague de démolition sur ordre touche MEVOUILLON.

En 1684 l’œuvre lancée sous LOUIS XIII est achevée par LOUIS XIV et l’ensemble du FORT est rasé, y compris l’Eglise que l’Evêché venait de faire reconstruire".

Il y avait pourtant encore, à l’époque de la Révolution, un gouverneur et un lieutenant du Roi, pour MEVOUILLON, mais ils n’y résidaient pratiquement jamais, l’habitat étant devenu impossible.

Cette Place déclina sensiblement après sa réunion au Dauphiné.

Les nombreux sièges qu’elle avait soutenus contribuèrent à sa décadence. Sous LOUIS XIII il ne restait déjà plus de l’ancien MEVOUILLON que le FORT et comme aujourd’hui quelques villages et hameaux.

Dans son ouvrage "Les BARONNIES" édité par les Editions AUBANEL, Monsieur Patrick OLLIVIER écrit sur MEVOUILLON :

"Etonnante histoire que celle des MEVOUILLON, qui, en quatre siècles créèrent un empire par la puissance militaire, le perdirent par manque de trésorerie et disparurent dans l’oubli au point que seul un minuscule village commémore maintenant leur nom."

"A l’origine du nom, une tribu GAULOISE, les MEDULLES, des téméraires qui n’hésitent pas à participer, au V° siècle avant Jésus-Christ, à l’ expédition du Chef gaulois BELLOVESE en Italie, et à y faire vraisemblablement souche en fondant une vllle MEDIOLANUM, plus connue sous le nom de MILAN."

"Ironie du sort, double ironie même, puisque la race des MEVOUILLON. qui firent les BARONNIES s’est définitivement éteinte et que du FORT qui fut le point d’ancrage autour duquel ils développèrent leur puissance, il ne reste plus une pierre."

Fait à BOURG-de-PEAGE, le 7 Décembre 1987
Albert ARMAND
Né le 12 Octobre 1906, à MEVOUILL0N

N. B.
Ce récit n’a pu être possible que grâce à la connaissance de documents dont le narrateur s’est très largement inspiré, documents dont référence est faite au cours du récit.
Cet essai est bien incomplet et il n’a pas la prétentiont d’être l’HISTOIRE complète de MEVOUILLON. Ce n’est qu’un très modeste aperçu.
Ce récit a été écrit à l’occasion du Concours Départemental de l’AGE-D’OR, en Décembre 1987. Son auteur est un fidèle participant (Il est classé HORS-CONCOURS depuis plusieurs années).

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