Méouge, la crue du siècle
Article mis en ligne le 1er décembre 2017
dernière modification le 4 décembre 2020

par POGGIO André

Sur l’église de Séderon, il y a une marque, gravée dans la pierre, à gauche en regardant la porte. Comme l’usure du temps la rendait de moins en moins visible, on l’a colorée en bleu pour pouvoir continuer à lire : 29 7bre 1900

La mémoire collective sait bien que cette ligne représente la limite de la montée des eaux de la Méouge, lors de la grande crue du 29 septembre 1900. Mais pour avoir un peu plus de détails sur les événements et leurs conséquences, voilà le rapport que l’officier de gendarmerie commandant l’arrondissement de Nyons avait dressé après sa visite sur les lieux :

«  Gendarmerie Nationale - 14° Légion - Compagnie de la Drôme - Arrondissement de Nyons
Objet : Au sujet d’un violent orage à Séderon
Rapport du Lieutenant Vialet, sur un violent orage à Séderon.
Séderon, le 1er octobre 1900

Le 29 septembre 1900, vers 8 ½ du soir, un violent orage accompagné d’éclairs, tonnerres et d’une pluie torrentielle s’est abattu sur Séderon. Le torrent «  La Méouge  », qui passe dans le village, grossi déjà par des orages récents, sortit immédiatement de son lit et se précipita avec furie dans les propriétés riveraines et dans la partie basse du village. Une vingtaine de maisons et la caserne de gendarmerie furent envahies par l’eau qui atteignit en dix minutes à peine une hauteur de 2 mes 50.

Une quantité de bois de charpente ou autres, de futailles, de voitures et d’autres matériaux furent arrachés des lieux où ils se trouvaient et vinrent s’amasser contre le pont (extrémité nord du village), obstruant ainsi l’écoulement des eaux jusqu’à ce que le parapet en fer du pont eut cédé. La remise de l’hôtel Bonniol, située sur le torrent près du pont fut emportée  ; cette circonstance permit ainsi aux eaux de s’écouler plus rapidement. Au bout d’une heure environ le torrent était en partie rentré dans son lit.

Un jeune homme de dix-neuf ans [1] fut noyé en voulant sauver ses chèvres. Quatre chevaux, quelques chèvres et bon nombre de volailles ne purent être retirés à temps des écuries et périrent.

Le mobilier des maisons envahies est fortement endommagé.

A la caserne de gendarmerie, l’eau a atteint 2 mes 50 […]
.../...
Les jardins et les champs qui se trouvent de chaque côté du torrent sont complétement dévastés.

Le chemin de grande communication n° 13 est sérieusement endommagé de Séderon à Lachaux  ; il est emporté presque en entier sur une longueur d’une trentaine de mètres à la sortie du village, on ne peut y passer qu’à pied  ; il est complétement enlevé sur plus de 50 mètres de longueur, à environ deux kilomètres, à l’endroit où il traverse le torrent.

Plusieurs ponts ont été emportés, d’autres sont gravement détériorés.

La circulation en voiture de Séderon à Laragne est pour quelque temps interrompue.

L’orage a également très éprouvé les communes d’Eygalayes, Izon, Vers, et a causé de grands dégâts dans les champs  ; en outre, dans la première de ces communes l’eau a fait irruption dans presque toutes les maisons, il n’y a pas eu, heureusement, d’accident de personnes ni de perte de bétail.

Les pertes causées par cet orage sont considérables mais il n’est pas possible d’avoir, quant à présent, des renseignements même approximatifs sur leur évaluation.

Aujourd’hui le beau temps a succédé à l’orage. Les personnes qui ont été inondées s’occupent de remettre l’ordre chez elles, beaucoup d’autres se sont mises à la disposition de Monsieur l’agent voyer pour la réparation de la route.

Le personnel de la brigade a fait preuve de dévouement en allant prêter main forte aux voisins de la caserne pour le sauvetage de leurs animaux et de leurs marchandises.  »

André POGGIO