Les souvenirs de Jean-François CHARROL
A l’assaut des faucons
Article mis en ligne le 1er décembre 2017
dernière modification le 28 décembre 2019

par CHARROL Jean-François

Certains jours, de la cour de récréation, nous voyions planer des faucons dans le ciel. Nous les regardions avec curiosité car leurs vols planés avec les ailes presque immobiles nous intriguaient. Un jour, un de nos camarades Léon Folcher de la ferme de la Croze s’étonnant de notre intérêt pour ces oiseaux s’écria : «  mais il y en a beaucoup chez moi  ! je sais où ils font leur nid.  »

Après une brève discussion, une équipe fut constituée dans le but de prendre les petits faucons dans le nid construit par leurs parents.

Partis un jeudi après-midi, guidés par Léon Folcher, nous nous sommes rendus dans un pré où s’élevait un très haut peuplier. Les oiseaux tournoyaient au-dessus de l’arbre, sans aucun doute le nid était bien là.

Un de nos camarades Elie Blanchet se dévoua pour grimper à l’arbre et accéder au nid. Il saisit la faucille que nous avions emportée pour nous défendre car les faucons ne manqueraient pas de nous attaquer afin de défendre leur progéniture. Arrivé à une certaine distance du nid, notre camarade dégringola le long du tronc  ; à cet instant nous avons tous éprouvé une grande frayeur, qui se traduisit par des cris. Plus de peur que de mal  ! il rétablit son équilibre et redescendit pour récupérer sa faucille qu’il avait jetée pour éviter de se blesser.

Il reprit son ascension, avec succès cette fois. Parvenu au niveau du nid, il se défendit contre les parents en agitant sa faucille dans leur direction, de façon à les écarter.

Après un bref entretien avec les camarades restés en bas, il saisit les petits faucons et les lança vers le bas. Ils se posèrent après un bref vol plané dans l’herbe de la prairie où nous sommes allés les chercher pour les placer dans des paniers fermés. Le partage des oiseaux fut réglé à l’amiable comme convenu au départ.

Faucon crécerelle en vol stationnaire
dit « du Saint-Esprit »

Nous essayâmes de parler de notre chasse à un garde forestier, pensant que l’administration des Eaux et Forêts pourraient nous récompenser de la destruction de nuisibles (en effet à cette époque, dans les années 1930-1940, ces espèces étaient considérées comme nuisibles, alors qu’aujourd’hui elles sont protégées). La récompense attendue ne fut pas attribuée.

Ceux qui parmi nous étaient intéressés par l’élevage des oiseaux les emportèrent à leur domicile, dans un endroit caché afin d’éviter leur vol par des personnes étrangères à la famille. Lucien Gianoglio était fier de son élevage placé dans le sous-sol du restaurant de ses parents. Mais ces derniers se lassèrent de l’entretien de la cage, et aussi de la nourriture à fournir. Un jour ils décidèrent de leur rendre la liberté  ; les petits faucons s’envolèrent en planant au-dessus des jardins, profitant de leur liberté retrouvée.

Jean-François CHARROL