Voici la petite histoire d’un magasin de Séderon, boutique de la grand-rue restée ouverte pendant 3 générations. Le fondateur du commerce, c’était mon arrière-grand-père Aurélien Constantin.
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<— [Sur le pas de la porte, mon arrière-grand-mère Lucie, épouse d’Aurélien Sur le trottoir, mon grand-père Martial Beauchamp] |
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Inscription au dos de la photo : « acquis par Aurélien CONSTANTIN le 01/07/1913 » |
Sa carte de circulation temporaire, délivrée en 1939 à l’époque de la drôle de guerre, indique comme profession « négociant ». Aurélien l’était, mais il avait au départ une solide formation d’ouvrier spécialisé dans le travail des métaux – la preuve, il fut constructeur d’alambic !
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Il fut même un innovateur en la matière : A son époque, le chapeau des alambics était posé sur la cuve, l’étanchéité étant assurée par un joint en terre argileuse. Il remplaça cette ancienne technique par l’usage du joint hydraulique, c’est-à-dire que le haut de la cuve était équipé d’une gouttière remplie d’eau sur laquelle le chapeau venait s’encastrer. |
Il fut également exploitant, puisqu’on retrouve dans ses archives un relevé « campagne lavande 1928 ». Le kilo d’essence valait alors 200F, quand le coût d’une journée d’homme s’élevait à 35 F – et celui d’une femme à 30 F. |
En 1933, Aurélien signe un certificat où il se qualifie toujours de « ferblantier, chaudronnier ». Le certificat est à l’intention de son ouvrier Beauchamp Martial, qui va bientôt devenir son gendre.
Un autre certificat, dressé celui-là par l’ingénieur du service vicinal faisant fonction d’architecte communal, prouve qu’il fut aussi, durant les mêmes années, entrepreneur de travaux publics.
Toutes ces activités montrent la nécessaire diversification des métiers dans ces années-là : il valait mieux ne pas être trop spécialisé, dans un village où les possibilités économiques étaient fluctuantes, souvent épisodiques, pour éviter de se retrouver sans chantier possible.
Pendant les chantiers extérieurs, le magasin reste toujours ouvert. Ce sont les femmes qui accueillent les clients. Sur cette photo, c’est ma grand-mère Suzanne qui est assise devant la devanture. On peut lire les types de produits qui étaient vendus : à la quincaillerie s’ajoutent les articles de literie, de ménage.
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On vendait encore l’essence pour les automobilistes dans des bidons, stockés dans des caisses – on aperçoit à gauche le bord de l’une, marque « standard ».
Les stations avec pompes de distribution n’étaient pas encore répandues. Elles arriveront bientôt :
photo Combier (carte postale édition Gleize), vers 1935 |
A quelle date l’enseigne va-t-elle changer, passant du nom de mon arrière-grand-père à celui de mon
grand-père ?
En 1940 le papier à en-tête est toujours au nom de Constantin, mais ce n’est plus le cas en 1963 :
Le changement a dû intervenir vers 1948, puisque c’est mon grand-père Martial qui a signé pour le referendum des foires.
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Photo André Jacquet |
Et pour finir, la quincaillerie prendra une belle couleur bleue avec mon oncle Henri et ma tante Florence, devenant pendant quelques années un sujet de choix pour les photographes et les peintres.
Je garde précieusement, en souvenir, la dernière porte du magasin « BEAUCHAMP »
