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« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

La carrière militaire aventureuse du neveu du seigneur de Séderon
Article mis en ligne le 22 juillet 2018

par CHATENOUD Philippe

Jacques Marie Blaise Segond, neveu de Jacques Segond (riche bourgeois du Beausset devenu seigneur de Séderon en 1755) est sans aucun doute la première personne à avoir fait connaître le nom de Séderon aux Etats-Unis. En effet c’est sous le nom de Segond de Séderon (patronyme auquel il n’a pourtant pas droit) qu’il figure sur la liste des officiers français engagés à titre personnel dans l’armée continentale américaine, pendant la Guerre d’Indépendance des Etats Unis (dans les archives du général Washington figurent deux lettres qui lui sont adressées par « Jacques Marie Blaise chevalier de Segond de Séderon »).
Il peut apparaître comme un de ces militaires aventuriers qui firent carrière à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution, louant leur épée dans de nombreux conflits de l‘époque ; mais, pour lui, ce fut toujours avec l’autorisation du roi de France.
Jacques Marie Blaise Segond naît au Beausset le 3 février 1758, son père Joseph Segond est le frère du seigneur de Séderon. Très tôt il est attiré par la carrière militaire (son père a été officier de cavalerie) et s’embarque pour la Martinique à l’âge de 18 ans pour entrer comme sous-lieutenant dans le régiment formé en 1773 pour la défense de cette colonie et commandé par le cousin germain de son père. En juin 1777, sous les ordres du général Rochambeau, son régiment est engagé en Amérique du Nord où les colons américains, que Louis XVI a décidé de soutenir, ont proclamé leur indépendance et sont en guerre contre les Anglais. Sa bonne connaissance de la langue anglaise lui permet d’être détaché comme officier de liaison auprès des américains. C’est ainsi qu’il participe aux premières batailles en tant que lieutenant. Sa conduite lui vaut d’être nommé capitaine d’une compagnie de cavalerie de la légion de Pulawski (unité de l’armée continentale américaine composée de Polonais, de Français, d’Américains, d’Irlandais et d’Allemands). Il est blessé au cours du siège de la ville de Savannah en octobre 1779. Fait prisonnier par les anglais à la suite de la reddition de la ville de Charlestown le 12 mai 1780 il doit attendre plus de 2 ans avant d’être échangé. A la fin des hostilités, Jacques Marie Blaise Segond retourne en Europe le 3 novembre 1783, bien qu’il ait été nommé major de cette armée 3 jours auparavant. En 1784 le Congrès Américain le décore de l’Ordre de Cincinnati.
Le premier avril 1785, il entre comme capitaine dans la légion de Maillebois (unité française éphémère destinée à protéger les Pays Bas contre les visées de l’Autriche) et acquiert dans cette unité le grade de lieutenant-colonel le 28 mai 1788.
Passé en juin 1788, avec le même grade et avec le consentement du roi de France, au service du tsar de Russie, il sert tout d’abord comme premier major dans le régiment de chevau-légers d’Ussun à compter du 1er juillet, puis, dès le 1er août, comme lieutenant-colonel dans le régiment de hussards d’Olviopol. Jusqu’à la fin de l’année 1790, il sert dans les armées du tsar engagées dans une guerre contre les Turcs.
Les événements de la Révolution le font retourner en France où il est appelé au commandement du 9° bataillon de chasseurs des Cévennes, qui deviendra le 9° régiment d’infanterie légère, avec le grade de lieutenant- colonel, le 15 septembre 1791. Il est nommé chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, le 28 octobre 1791. Promu colonel par un décret de l’Assemblée Législative, il se bat dans l’armée républicaine à Jemmapes, le 6 novembre 1792.
Un mois après la défaite de Neerwinden (18 mars 1793), où il combat avec le grade de général de brigade, il s’expatrie en Autriche à la suite de son chef, le général Dumouriez, soupçonné de complot et relevé de son commandement par la Convention. Fixé à Vienne, il obtient de l’empereur d’Autriche le grade de général major, le 6 avril 1793, mais à aucun moment il ne commandera contre les armées françaises.
De ce fait, il est autorisé par Napoléon 1er à rentrer en France le 4 décembre 1810 et à bénéficier du traitement de son grade. D’abord placé en résidence surveillée à Paris, il est autorisé à résider au Beausset où il arrive le 12 novembre 1811. Il mène alors dans sa ville natale une vie calme, ayant même été autorisé par le roi Louis XVIII à revêtir l’uniforme de général autrichien qu’il porte sur le tableau joint 1, où il arbore également ses décorations de l’ordre de Cincinnatus et de l’ordre de Saint-Louis.
Il y meurt, toujours célibataire, le 24 août 1832.
Parce que Jacques Marie Blaise Segond a suivi Dumouriez et émigré en 1791, son oncle, le seigneur de Séderon est considéré à cette époque comme un ascendant d’émigré et les biens nobles qu’il possède à Séderon sont vendus aux enchères publiques le 12 juin 1794 à Nyons.

Philippe CHATENOUD

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