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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Commentaires sur «  Lou VOT de SEDEROUN  »
Article mis en ligne le 17 décembre 2015
dernière modification le 27 décembre 2015

par ESSAILLON

Les «  doux souvenirs  » chantés par Bonnefoy Debaïs dans le «  vot de Sederoun  » n’étaient pas seulement les soupirs d’un exilé. Ils étaient aussi le rappel nostalgique de traditions à jamais disparues. Car entre les années de jeunesse de notre poète et 1897, année de publication du récit, bien des choses avaient changé. La preuve de la transformation des fêtes populaires, nous en trouvons l’évocation dans un texte publié par L’AIÒLI en 1899, c’est-à-dire seulement deux ans plus tard. En voici un extrait :

«  li festo de nosti jour n’an plus – se n’en manco […] coulour loucalo, l’óuriginaleta que caraterisavo aquéli d’avans : es de longo uno retrèto i flambèu, seguido d’un bal mounte lou plus abile a l’èr de chaucha de rasin dins li tino. Avèn eici leissa farandoulo e tambourin, li lucho an passa de modo, li conse dóu païs emé l’abit brouda, segui de la musico, presidon plus li courso d’ome sus lou prat. Tout acò bèu s’es abouli emai li bouto de vin blanc o rouge rajant sus li plaço à l’entour di deviso counvidant lou bevèire.  »

«  Les fêtes actuelles n’ont plus, il s’en faut de beaucoup, la couleur locale, l’originalité qui caractérisaient celles d’autrefois : c’est toujours la même retraite aux flambeaux, suivie d’un bal où le plus habile a l’air d’écraser des raisins dans une cuve. Nous avons laissé tomber farandole et tambourin, les combats de lutte sont passés de mode  ; les consuls du pays en habit brodé, suivis par la musique, ne président plus les courses des hommes sur le pré. Tout ce qu’il y avait de beau a disparu en même temps que les tonneaux de vin blanc ou rouge coulant sur les places autour des enseignes qui invitaient le buveur.  »

(Moun vièi Avignoun – Li fèsto de Quartié – Enri Bouvet, «  L’AIÒLI  » – 27 novembre 1899)

Dans le même article, Enri Bouvet décrivait le décor d’une de ces fêtes. On y retrouve la «  carabasso  » évoquée par Bonnefoy Debaïs dont nous n’étions pas tout à fait sûrs de comprendre de quoi il s’agissait :

«  fai gau de vèire tout alumina, emé si barraco di refrescamen, lipetarié, jo de carabasso  », que l’on peut traduire par «  ça fait plaisir de tout voir illuminé, avec les baraques de rafraîchissements, de friandises, les jeux de hasard  ».

Pierre Mathonnet donne son interprétation du «  jo de carabasso  » :

«  J’imagine un marchand ambulant qui fait tourner une roue de tombola où les cases sont marquées par les figures d’un jeu de carte, qui prend les mises des joueurs en vendant les figures d’un autre jeu (tres carto per dous sou) et qui pour attirer les joueurs dit qu’il fait carabasse (fait tapis comme au poker) c’est-à-dire risque de se ruiner en mettant comme prix des verres de pralines tellement pleins qu’ils éclatent. »

Jean-Claude Rixte commente le sens du mot et le choix de traduction :

«  Pour “carabasso”, le Tresor dóu Felibrige donne : “roue de fortune, roulette, jeux de hasard”. “si” (= “ses”) devant “barraco” implique un pluriel pour “barraco” et les mots suivants qui sont en apposition. On a donc des baraques (de rafraîchissements et de friandises) et des jeux de “carabasso”. Comme on est dans une fête et qu’il y a plusieurs jeux, on peut avoir à la fois des roues de la fortune (“rodo-fourtuno”) et des roulettes (“carabasso”), et donc “jeux de hasard” semblerait plus indiqué. D’autant que s’il n’y avait que des (baraques de) roulettes, on n’aurait peut-être pas “jo de carabasso” (= des jeux de…) après “lipetarié”, mais simplement “carabasso”.  ».

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