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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 52
SÉDERON , fragment de paradis ?
Article mis en ligne le 30 juillet 2015
dernière modification le 24 août 2015

par OLLIVIER-ELLIOTT Patrick
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En 1986, un livre au titre succulent fit son apparition sur les rayons de nos marchands :

« Les Baronnies, Mode d’emploi d’un fragment de Paradis »


Un genre nouveau venait de naître, qui allait connaître un énorme succès de librairie : le guide de pays méconnu !
Patrick Ollivier-Elliott, pionnier du genre, nous y faisait découvrir le détail des richesses géographiques, historiques, architecturales et naturelles de notre région. Son écriture, souvent teintée d’humour mais toujours aussi acérée que la plume de ses dessins, réinventait les paysages et les monuments discrets que nous avions perdu l’habitude de regarder.
Il nous mit l’eau à la bouche – et comme tout mode d’emploi suppose un énoncé des règles à observer, chacun voulut savoir ce que ce diable d’écrivain avait pu écrire sur son patelin.
Mais pour un village, et pour un seul, Patrick Ollivier-Elliott écrivit trois versions du mode d’emploi… Ce village, c’était Séderon.
Ainsi commence la petite histoire d’un fragment tombé du paradis :

[1ère version : édition Aubanel, Avignon, 1986]
Capitale du pays, Séderon est l’image même du changement par rapport aux vallées avoisinantes.
Ainsi, alors que Séderon et Montbrun ne sont à vol d’oiseau qu’à très peu de distance l’une de l’autre, et que le col qui les sépare n’est somme toute pas une barrière redoutable, le contraste entre les deux bourgs est impressionnant ; la batterie de chasses-neige parqués à l’entrée de Séderon laisse d’ailleurs bien penser que l’on n’est plus sur la Rivièra et que le réjouissant surnom de « Sibérie de Provence » a quelques fondements.
Tout oppose les deux cités voisines : Montbrun se déploie sur une colline orientée au sud, Séderon se serre au fond d’un étroit couloir entre deux montagnes ; Montbrun n’est que nobles demeures Renaissance élancées et en pierre de taille, Séderon montre surtout des petites maisons grisâtres qui ne doivent guère dépasser le siècle d’âge ; Montbrun offre au plaisir de l’oeil son château, son beffroi, les trésors de son église, les vues sur la plaine et sur le Ventoux, Séderon n’a ni château ni beffroi, mais une vilaine église et pratiquement pas de vue ; les ruelles fleuries et les commerces de Montbrun invitent à la promenade, la rue unique et étroite de Séderon sillonnée par des véhicules déchaînés qui ralentissent à peine pour se croiser n’incite pas du tout à la flânerie, à moins d’avoir un goût du risque très développé.
Et cependant, en dépit de tout ce qu’on n’y trouve pas sur le plan de l’esthétique, Séderon a une présence, Séderon est attachante dans son austérité et son dépouillement, comme peuvent l’être ces durs bourgs de montagne où l’on est d’abord obligé de penser calfeutrage et déneigement avant de s’occuper des fleurettes sur les appuis de fenêtres.
[2ème version : édition Aubanel, Avignon, 1988]
Coeur des hautes terres, le pays de Séderon est l’expression même de ces changements de paysages et d’ambiance que savent distiller les Baronnies, par l’artifice de quelques kilomètres de route de col, et qui vous font passer des langueurs méditerranéennes aux puretés un peu dures des Alpes vertes.
Giono, qui était un amateur de terres d’exception, avait beaucoup inscrit toute cette partie des Baronnies dans le décor et la trame de ses romans : Ennemonde fait ses affaires à Séderon, les Deux Cavaliers de l’Orage mènent leur saga à partir de Lachau, les errants des Grands Chemins errent entre Aulan et Laragne et surtout aucun de ses textes n’exprime mieux l’atmosphère du pays séderonnais que le Chant du Monde (même si aucun nom réel n’est cité, et si la Méouge est devenue une Durance d’avant Serre-Ponçon) ; Personnellement, chaque fois que je monte à Séderon, venant de Laragne ou du Buis, quand la route débouche des gorges et atteint l’élargissement de la haute vallée, je crois voir, sur la crête des collines, la haute silhouette cavalière de Maudru suivie de la cavalcade de ses taureaux.
Dans ces sites grandioses mais marqués aussi par l’empreinte d’un climat rigoureux, Séderon a su se créer une étonnante puissance attractive, car la petite ville a une présence, et est attachante dans son austérité et son dépouillement, comme peuvent l’être ces durs bourgs de montagne où l’on est d’abord obligé de penser calfeutrage et déneigement avant de s’occuper des fleurettes sur les appuis de fenêtres.

La notice de Séderon se voulait dans sa première version une mise en valeur de la rudesse spécifique d’un village sans trop d’attrait. Elle se transforma dans la deuxième et devint un regard « à la Jean Giono », jouant avec les références aux oeuvres du grand romancier : une haute terre, une haute vallée… le village avait disparu…
Oui mais… mais pourquoi une telle réécriture ?
C’est l’auteur lui-même qui nous fournit l’explication :

Lettre P. O.-E.
1° édition : AUBANEL 1986
2° édition AUBANEL 1988
3° édition EDISUD 2001
couvertures des trois éditions : AUBANEL (1986 et 1988) - EDISUD (2001)

La troisième version fut publiée en 2001 chez Edisud. L’auteur avait éprouvé le besoin d’une mise à jour de l’ensemble de son livre, ce dont profita Séderon : la nouvelle notice modifiait, corrigeait par petites touches les versions précédentes mais surtout l’augmentait notablement.
Nous y avions aussi gagné une apologie du restaurant Bonnefoy ! A savourer, en souvenir…

Coeur des hautes terres, le pays de Séderon est l’expression même de ces changements de paysages et d’ambiance que savent distiller les Baronnies, et qui vous font passer des langueurs méditerranéennes aux puretés un peu dures des Alpes vertes.
Giono - amateur de terres d’exception – l’a souvent utilisé pour le décor de ses romans : Ennemonde fait ses affaires à Séderon, les Deux Cavaliers de l’Orage mènent leur saga à partir de Lachau, les errants des Grands Chemins déambulent entre Aulan et Laragne, et surtout, aucun de ses textes n’exprime mieux l’atmosphère du pays séderonnais que Le Chant du Monde, même si aucun lieu réel n’est cité et si la Méouge est transformée en une Durance d’avant la construction de Serre-Ponçon ; personnellement, quand je monte là-haut venant de Laragne ou du Buis, je crois chaque fois voir sur la crête des collines, au moment où la route s’extrait des gorges, la lourde silhouette de Maudru et la cavalcade de ses taureaux.
Petite capitale régionale, Séderon règne sereinement sur le haut pays de la Méouge ; l’économie y est forestière et agricole, avec des lavandes, des céréales, des ovins qui ont maintenant remplacé les bovidés, et depuis quelques années le tourisme a trouvé le chemin des calmes fraîcheurs du Séderonnais.

Quelques points d’histoire

Séderon fut de 1309 à 1790 - comme les bourgs voisins de Barret de Lioure et d’Eygalayes, une de ces bizarreries de l’Histoire : son territoire était enclave provençale en Dauphiné, enclave au demeurant artificielle puisque sans véritables frontières physiques, ce qui permettait d’avoir son champ en Dauphiné et sa grange en Provence.
Le village fut d’abord très différent de l’actuel : au lieu de se serrer dans le couloir à vents, Sedarono était installé sur le Rocher de la Tour, avec château et église Notre-Dame de la Brune ; il exerçait un péage sur le goulet naturel ouvert entre les rochers de la Tour et du Crapon. Deux annexes existaient en campagne, à Saint-Baudille et à Gueisset, où il y eut même un castrum jusqu’à la fin du XIVe siècle.
Le Séderon contemporain naquit à la fin des guerres de religion, et la première maison « en bas » fut construite en 1603 ; de par sa position de carrefour entre plusieurs vallées, il devint un centre de foires (dont deux grandes, le 3 mai et le 21 septembre). Au XIXe siècle, lorsque l’ouverture des routes modernes développa le roulage, on s’enrichit, les maisons s’embourgeoisèrent et le bourg prit des allures de vraie petite ville, avec même une brigade de gendarmerie et une Justice de Paix.
Le 10 août 1944, Séderon fut bombardée par l’aviation allemande en représailles d’actions de la Résistance ; sept séderonnais furent tués et de nombreux autres gravement blessés. Après l’attaque, on trouva derrière l’église deux bombes qui n’avaient pas explosé ; lorsque des artificiers les examinèrent, ils s’aperçurent qu’elles avaient été sabotées lors de leur fabrication.

Le village (marché le dimanche matin)
Dans le village, il faut voir la charmante placette avec sa fontaine, son lavoir couvert, sa statue de Marianne et un peuplier qui doit être un Arbre de la Liberté, et passer à la pâtisserie Boyer déguster le nougat et surtout les extraordinaires macarons.
L’église, d’architecture XXe siècle assez anodine, est à visiter pour son décor intérieur : Dans le choeur : le retable XVIIIe à colonnes cannelées et tableau de Crucifixion ; remarquez la coquille sommitale curieusement rabattue pour tenir sous une voûte qui n’avait pas prévue sa hauteur !
Les statues en bois doré : saint Baudille, une Vierge couronnée et son dais, une Vierge simple et un saint Joseph.
De chaque côté de la nef, deux fresques de la Passion peintes par A. Seurre en 1943 ; du même artiste est le décor de l’arc triomphal.
Le mobilier en noyer : chaire, confessionnal et bancs.

Souvenirs enchantés : le Restaurant Bonnefoy

Il y eut à Séderon, jusqu’au milieu des années 1990, un Restaurant Bonnefoy où, pour le prix d’environ huit paquets de cigarettes, était servi un repas si pantagruélique que je n’ai jamais vu qui que ce soit arriver au bout ; si mes souvenirs sont exacts, il y avait douze mets en entrée, deux viandes, chacune accompagnée de deux ou trois garnitures, des fromages et des desserts, et en période de chasse c’était encore pire… Lorsque nous y allions, nous jeûnions depuis la veille pour essayer de tenir la distance, ce à quoi mes amis et moi avons toujours échoué.
Hélas, l’âge venant, les Bonnefoy ont éteint leurs fourneaux et « nos grandes bouffes » avec.

Aux environs
Le vieux Séderon
Le site du vieux Séderon, sur le rocher de la Tour, peut se visiter sans difficulté ; il y reste la base d’une tour, et les murs de l’église Notre-Dame-de-la-Brune sur un petit mètre de hauteur. Au pied de la masse rocheuse, le grand pan de maçonnerie n’est pas un vestige du vieux village, mais un mur de sécurité érigé en 1934 lorsque les rochers menacèrent de s’écrouler sur le bourg ; une plaque rappelle les noms de tous les villageois qui participèrent à la construction.

Les voyageurs aériens
Dans le ciel de Séderon volent de gros oiseaux bariolés qui tournent inlassablement au gré des courants aériens ; ce ne sont pas des rapaces, mais les parapentes et les ailes volantes qui décollent de la montagne de Bergiès…

sur des textes et une lettre de Patrick OLLIVIER-ELLIOTT

Depuis la publication du livre, nous savons que l’intérieur de l’église a été rénové, que le retable et le tableau de la Crucifixion ont retrouvé leurs couleurs d’origine, que le sommet de la Tour a été sécurisé par une barrière qui permet de se pencher presqu’à l’aplomb des toits du village.
Nous savons aussi que Simone et Maurice Bonnefoy ont quittés à jamais leur restaurant et que l’arbre de la liberté a disparu de notre décor.
Quant au mur de soutènement du rocher de la Tour et sa plaque, qui porte en réalité le nom des autorités et des maçons qui l’édifièrent en 1933, ils font l’objet de l’article suivant.
Cette petite histoire peut donc se refermer provisoirement.

M. Patrick Ollivier-Elliott nous a accordé l’autorisation de reproduire ses textes ; son croquis de Séderon orne exceptionnellement la couverture de ce bulletin n°52. Qu’il en soit très chaleureusement remercié.


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