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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 45
La sériculture dans le canton de Séderon
Article mis en ligne le 26 octobre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par BARRAS Anne-Marie
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Il nous a été demandé si nous avions dans nos archives des renseignements sur la vie et les sources de revenus des habitants du vieux village de Vers.
Bien sûr, le territoire est étendu et il y avait de nombreuses fermes, des terrains cultivables et des troupeaux. Mais nous n’avions pas entendu dire qu’il existait l’élevage des vers à soie alors que dans le “Dictionnaire des Communes” de Gindre de Mancy (Edition Garnier frères 1866) on relève
Vers : 218 h. Moulinage de soie.
Et aussi
Eygalayes : 439 h. Fabrique de soie
Mévouillon : 712 h. Culture du mûrier
Montbrun : 1328 h. Soie
Montfroc : 407 h. Mûriers
Reilhanette : 470 h. Moulinage de soie
Séderon : 710 h. Mûriers
On ne signale ni soie ni mûrier dans les autres communes du canton.
Il y avait donc dans le milieu du XIXe siècle, un artisanat autour du ver à soie dans notre région.
La “Revue Drômoise” éditée par la “Société d’Archéologie, d’Histoire et de Géographie de la Drôme” a fait paraître dans ses numéros 525 et 526 de 2007, une étude très complète sur les entreprises drômoises du XVIIIe au XXe siècle.
Nous y lisons (n°525 p. 26) que, s’étant substitué à l’ancienne draperie,« la soie règne en maître partout dans le département », et que cette activité industrielle s’est répandue en zone rurale. Ces renseignements sont issus de l’enquête industrielle de 1840-1845. Dans un chapitre intitulé « La fièvre soyeuse » (p. 42) il est précisé que la soie est une industrie en plein essor avec la présence des moulinages et filatures « jusqu’au plus profond des vallées d’arrière pays ».
Des manuels avec schémas sont diffusés. Par exemple en 1840 :
« Les instructions en forme de catéchisme pour l’éducation des vers à soie ».
Le ver à soie, « machine à dévorer » les feuilles de mûrier, a fait la prospérité de la Drôme rurale au XIXe siècle.
La culture du mûrier prospère : « 454 000 plants en 1820 et 5,3 millions en 1868 où 307 des 368 communes drômoises pratiquent l’élevage du ver à soie ».
Mais à la fin du XIXe siècle la “pebrine”, maladie du ver à soie, fait sont apparition. Ses ravages et la concurrence de l’Italie, de l’Orient puis de l’Extrême Orient, provoque un déclin durable et de graves problèmes dans le monde rural puis la disparition de l’élevage du ver à soie probablement remplacé, dans nos contrées, par la lavande et le tilleul.
Dans “Atlas Historique des provinces et régions de France” de Jean Sellier (Paris, La Découverte 1997) on peut lire p. 151 :

Dès la fin du XIIIe siècle, les papes introduisent l’élevage du ver à soie (ou sériciculture) dans le Comtat Venaissin. Son essor, en France proprement dite, date du règne d’Henri IV. L’élevage se pratique non pas en plein air mais dans des magnaneries (du nom du ver à soie dans la région : magnan). Sous l’impulsion de la soierie Lyonnaise, la sériciculture devient une spécialité des vallées du Rhône et de ses affluents.
Au début du XXe siècle l’Ardèche et la Drôme fournissent près de 90% de la production française de cocon.

Carte col. André POGGIO
Le Décoconage (retrait des cocons des branches sur lesquels ils sont) dans une Ferme Ardéchoise

Enfin dans “Terres Voconces” n° 7 de 2005, l’article de M. Jean LAGET,

« Une place au cœur de la ville : La place du docteur Bourdongle à Nyons »

est illustré par là reproduction d’une carte postale du tout début des années 1900 intitulée :

"Nyons place du marché".

On y voit des charrettes, beaucoup de monde et beaucoup de"ballots".
Le commentaire annexé est : "Le marché aux cocons. Une grande animation trois fois par semaine après la Saint-Jean".
On mesure par là le volume de la production de cocons !

Cette activité paraît oubliée et aurait pourtant dû laisser des traces dans la mémoire collective des habitants, même si elle a disparu depuis environ un siècle.
L’élevage des vers à soie se faisait pour la production de cocons. Il se pratiquait dans des "magnaneries", grandes pièces renfermant des claies étagées sur lesquelles on disposait les vers à soie et les branches de mûrier dont ils se nourrissaient. Certains de ces bâtiments transformés doivent encore exister.
On dévidait le cocon avec un "tour" pour obtenir une bobine de fil de soie dite "grège". Le "moulinage" était la série d’opérations par laquelle on obtenait un fil bon pour le tissage à partir de plusieurs fils de soie grège.

Voilà un nouveau thème de recherche sur cet aspect oublié de la vie de vos aïeux et donc du patrimoine local. Nous sollicitons encore une fois vos souvenirs ou l’examen de vos propres archives.

Pour terminer relisons des extraits du beau texte de Paule DELSART paru dans le TREPOUN n° 35 de décembre 2003

Anne-Marie Barras

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