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« Entre la Tourre et lou Crapoun,
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Alfred Bonnefoy-Debaïs

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Lou Trepoun 15
GIONO - Le voyage à Séderon
André POGGIO
Article mis en ligne le 21 septembre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par POGGIO André

Dans le n° 5 du Trepoun, j’avais retracé le voyage que Jean Giono effectua à Séderon vers 1905, en compagnie d’un maquignon. C’était une transcription du témoignage de Giono lui-même, témoignage recueilli par Jean Carrière [1] et confirmé par de nombreux auteurs (Jacques Chabot [2], Henri Godard [3], Robert Ricatte [4], Jacques Meny [5]).

Clôturant ce récit, je déclarais que, si Giono avait utilisé les souvenirs du voyage dans plusieurs romans, il n’avait jamais nommé Séderon dans son œuvre. On me fit peu de temps après gentiment remarquer que, dans « Ennemonde », Giono cite Séderon [6]. Je m’étais donc trompé...

Aujourd’hui, la lecture d’autres ouvrages me fait penser que le voyage lui-même est sujet à caution : Giono aurait présenté comme des souvenirs ce qui était l’œuvre de son imagination créatrice.

A l’appui de cette thèse, voici tout d’abord l’opinion de deux auteurs :

Maurice Chevaly [7] pense que le père qui donne 5 francs à son jeune fils pour aller le plus loin possible et ramener le plus d’argent possible « c’est là très exactement le postulat des “cinq sous de Lavarède” , triomphe de cette littérature populaire qui amusait tant Giono. » Chevaly affirme que Giono racontait cette histoire « à tous les nouveaux venus, et toujours avec le même plaisir » et conclut : « je demeure sceptique sur la réalité de ce voyage accompli à neuf ans. Peut être s’agit-il d’une promenade onirique ? Peut être est-ce un simple déplacement à Banon qui a pris, par la suite, des allures picaresques. »

Pierre Citron [8], dans sa biographie de Giono, estime que « le départ de Banon au petit matin, à dos de mulet, en direction des Omergues, rappelle le début du “Hussard sur le toit” ; et le maquignon fait songer à Marceau Jason des “Deux cavaliers de l’orage” » et il conclut :

« le voyage a-t-il eu lieu et nourri les deux romans ? ou le souvenir des deux romans a-t-il engendré le récit fait à Jean Carriere ? »

Il y a ensuite un document : l’iconographie du livre de Jacques Chabot [9] présente une photo de voiture à chevaux portant cette légende de la main de Giono « J’ai fait mon premier voyage en 1905 dans cette voiture. Elle faisait le courrier entre Valensole et Manosque. » Giono oubliait alors que son premier voyage partait vers Banon !

Enfin, vers 1961, Giono avait eu un projet de film d’après un souvenir d’enfance.

Et Jacques Meny [10] pense que ce souvenir serait celui du voyage à Séderon. Or, c’est en 1965, après que le projet ait été abandonné, que Giono raconte son histoire à Carrière. De là à penser qu’il réutilise une idée...

« Giono appartenait à cette catégorie de narrateurs qui voient se réaliser les choses au fur et à mesure qu’ils les racontent, ou qui les racontent de façon à les voir... L’imagination envahit toute la pensée, et se substitue à la mémoire ». Ce jugement de Pierre Citron [11] résume bien la situation et me fait conclure au voyage imaginaire.

Cependant tout n’est pas négatif dans ce mensonge puisqu’il a donné, et donne encore, l’occasion de prononcer le nom de Séderon.

A. POGGIO
Janvier 1993

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